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Temps Et Finitude Chez Husserl

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Part of the The Yearbook of Phenomenological Research book series (ANHU, volume 21)

Zusammenfassung

On dit parfois que la façon dont on comprend le temps dépend de l’homme qu’on est ou de la philosophie qu’on a. Peut-être serait-il tout aussi légitime d’inverser cette proposition sans qu’elle en soit moins vraie. Quoi qu’il en soit, nombre de philosophes inclinent à considérer le temps comme la marque eminente de la finitude humaine. S’il a la certitude ou l’illusion de pouvoir disposer de l’espace, qu’il s’applique à organiser à sa guise, l’homme, en revanche, ressent obscurément que le temps n’est pas vraiment en son pouvoir, qu’il est plutôt la marque de son “impouvoir”, en un mot, il éprouve une radicale impuissance devant le temps qui passe, qui lui échappe et lui coule pour ainsi dire entre les doigts telles des gouttes d’eau qu’il aurait voulu recueillir et tenir dans sa main: il fait l’expérience pénible qu’il ne dispose pas en toute souveraineté du temps qu’il nomme pourtant “son temps”, qu’il mesure comme il mesure l’espace, il sait qu’il n’en est ni l’auteur ni le maître. A l’approche de la mort qu’il redoute ou qu’il fuit dans le divertissement, il n’ignore point que le temps lui est compté même si, auparavant, il croyait toujours encore avoir le temps pour mieux faire, pour s’amender ou jouir des biens de ce monde, pour accomplir les exploits ]qu’il n’a pas eu l’audace d’entreprendre jusque là. Il appréhende avec angoisse la proximité de la vieillesse et il se lamente devant l’inexorable fuite du temps, sa fragilité et son caractère éphémère. Si l’homme se voit ainsi déterminé par ce qui le limite et le conditionne, rien d’étonnant à ce que les philosophes, depuis Kant à tout le moins sinon déjà depuis Aristote, aient cru pouvoir définir la subjectivité humaine en son essence par la temporalité: le temps est le sens de la vie ou de l’existence, affirment-ils, poète comme philosophe.1

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Notes

  1. 1.
    Cf. P. Claudel: “Le temps est le sens de la vie”. Art Poétique et M. Heidegger: “Der Sinn des Daseins ist die Zeitlichkeit”. Sein und Zeit (cité plus loin sous le sigle: SZ), p. 331.Google Scholar
  2. 2.
    E. Husserl, Vorlesungen zur Phänomenologie des inneren Zeitbewusstseins, éd. par M. Heidegger, Halle, 1928, trad. fr. par H. Dussort sous le titre LeÇons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps, préface de G. Granel, Paris, 1964. Nous citerons plus loin: Zbw.Google Scholar
  3. 3.
    SZ,§65,p. 331sq.Google Scholar
  4. 4.
    SZ, passim, surtout p. 331 sq.Google Scholar
  5. 5.
    Ideen I, p. 162-3, tr.fr. p. 274-5.Google Scholar
  6. 6.
    Zbw. Introduction, p. 368, tr. fr. p. 3 et P. Ricoeur, Temps et récit, I, Avant-propos et ch. I (consacré à un commentaire du livre XI des Confessions). Husserl reconnaît à saint Augustin le mérite d’avoir été le premier à ressentir les immenses difficultés que recèle le problème de la conscience du temps; il constate aussi qu’en la matière l’époque moderne n’a rien produit de mieux. Quant à Heidegger, s’il se réfère plus volontiers à Platon et surtout à Aristote et à Kant, il n’oublie pas saint Augustin. Cf. Grundprobleme der Phänomenologie, in Gesamtausgabe, tome 24, p. 325.Google Scholar
  7. 7.
    La phénoménologie du temps, comme saint Augustin, inaugure sa réflexion sur le temps sous l’égide d’une question ontologique. Cf. E. Husserl, Zbw. p. 368, tr. fr. p. 3-4.Google Scholar
  8. 8.
    “Dès que nous cherchons … à rendre raison de la conscience du temps, à mettre correctement en rapport le temps objectif et la conscience subjective du temps … nous nous perdons ans les difficultés, les contradictions, les labyrinthes les plus étranges”. Id. ibid.Google Scholar
  9. 9.
    Kant und das Problem der Metaphysik (cité plus loin KPM), p. 207, tr. fr. p. 285, et aussi SZ, p. 325 sq.Google Scholar
  10. 10.
    Zbw., p. 399 et 424, tr. fr. p. 56 et 89.Google Scholar
  11. 11.
    SZ, §81, surtout p. 423 sq.Google Scholar
  12. 12.
    Cf. M. Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, p. 476 et E. Husserl, Zbw., p. 391, tr. fr. p. 46. Husserl y parle du “originäre Zeitfeld”.Google Scholar
  13. 13.
    Cf. J. Derrida, La voix et le phénomène, p. 69 sq. et M. Heidegger, Was ist Metaphysik?, p. 34, tr. fr. in Questions I, p. 66.Google Scholar
  14. 14.
    Pour cette interprétation, cf. par ex. G. Granel, Le sens du Temps et de la Perception chez E. Husserl, p. 70 sq.Google Scholar
  15. 15.
    Id. ibid., p. 84.Google Scholar
  16. 16.
    E. Husserl, Ideen I, p. 163, tr. fr. p. 275.Google Scholar
  17. 17.
    Sur la “Ganzheitsstruktur” du Dasein selon Heidegger, cf. SZ, §61, p. 301 sq. Sur le temps infini chez Husserl, cf. Zbw., §4, p. 377, tr. fr. p. 23.Google Scholar
  18. 18.
    Cf. SZ, §81, p. 420 sq., surtout p. 421 et aussi p. 330—1.Google Scholar
  19. 19.
  20. 20.
  21. 21.
  22. 22.
  23. 23.
    Pour toute cette analyse, cf. SZ, §65 et 66, p. 325 sq.Google Scholar
  24. 24.
    Les LeÇons de 1905 ne consacrent qu’un seul paragraphe à la notion capitale pourtant de la “protention”.Google Scholar
  25. 25.
    G. Granel, op. cit., p. 94.Google Scholar
  26. 26.
    E. Husserl, Ideen I, p. 163, tr. fr. p. 275.Google Scholar
  27. 27.
    Zbw., Introduction, p. 368, tr. fr. p. 4.Google Scholar
  28. 28.
    Ideen I, §81 à 83, surtout p. 161 sq., tr. fr. p. 272 sq.Google Scholar
  29. 29.
    Id. ibid., p. 163, tr.fr. p. 275.Google Scholar
  30. 30.
  31. 31.
    Id. ibid., §83, p. 166, tr. fr. p. 276 sq.Google Scholar
  32. 32.
  33. 33.
    Id. ibid., p. 164, tr.fr. p. 276 sq.Google Scholar
  34. 34.
    Id. ibid., §82 et Zbw., passim.Google Scholar
  35. 35.
    Zbw. p. 451, tr.fr. p. 131.Google Scholar
  36. 36.
    Zbw., § 13, p. 271 sq., tr. fr. p. 15 9 sq.Google Scholar
  37. 37.
    Zbw. Suppl. IX, surtout p. 471—2, tr. fr. p. 159.Google Scholar
  38. 38.
  39. 39.
    Ideen I, p. 147, tr. fr. p. 248 et Zbw. §26, p. 413 sq.Google Scholar
  40. 40.
    Zbw. p. 414, tr.fr. p. 76.Google Scholar
  41. 41.
    Cf.Erfahrungu. Urteil,p.34et Cartesianische Meditationen,p. 141.Google Scholar
  42. 42.
    Ideen I, p. 164, tr. fr. p. 277.Google Scholar
  43. 43.
    Zbw. §18, p. 402, tr.fr. p. 59.Google Scholar
  44. 44.
    Ibid., §38.Google Scholar
  45. 45.
    Zbw. §16, p. 424 sq., tr. fr. p. 56 sq.Google Scholar
  46. 46.
  47. 47.
    Manuscrits C III, p. 24, cité par G. Brand, Welt, Ich und Zeit, p. 76.Google Scholar
  48. 48.
    Cf. Studien z. Phänomenologie 1930—39, p. 23 sq.Google Scholar
  49. 49.
    Manuscrits C 17 I, p. 44, cité par G. Brand, op. cit., p. 87. 50 E. Husserl, Erste Philosophie II, p. 45 sq. et G. Granel, op. cit. p. 192.Google Scholar
  50. 51.
    E. Husserl, Recherches logiques III (cité plus loin RL), Vlème Recherche, ch. III et V, et aussi Ideen I, §24, p. 43 sq. tr. fr. p. 78, et Formale und transzendentale Logik, §§59 et 60 et 107.Google Scholar
  51. 52.
    RL, III, §16 et 24, et Ideen 1, p. 74 et 83, tr. fr. p. 132 et 144.Google Scholar
  52. 53.
    Cf. FTL, Appendice II et § 107.Google Scholar
  53. 54.
    Op. cit., tome II, p. 45 sq. et 383, tr. fr. p. 62 sq., cf. aussi p. 392.Google Scholar
  54. 55.
    Op. cit., p. 380.Google Scholar
  55. 56.
    E. Husserl, Erste Philosophie II, p. 386—7. On y lit: “A priori ist Welt nur erfahrbar von “endlichen Wesen”, ihre Endlichkeit ist es, dass sie im wesensmässig begrenzten Jetzt Welt erfahren, Unendliches im Endlichen. Das Unendliche ist a priori nur präsumierbar, a priori nur seiend als eine im Stil endlicher einstimmiger Erfahrung intentional beschlossene Idee, beschlossen im offenen Und-so-weiter”.Google Scholar
  56. 57.
    Zbw. §24 et 25.Google Scholar
  57. 58.
    Manuscr. C 2III.Google Scholar
  58. 59.
    Zbw. Suppl. III.Google Scholar
  59. 60.
    Zbw. §24 et 25, p. 412 sq., tr. fr. p. 74 sq.Google Scholar
  60. 61.
    Zbw.p.412,tr.fr.p. 74.Google Scholar
  61. 62.
    Manuscr.C 17 I, p.42.Google Scholar
  62. 63.
    Zbw. §31, p. 423 sq., tr. fr. p. 88 sq.Google Scholar
  63. 64.
    Op. cit., p. 484-5.Google Scholar
  64. 65.
    Zbw. §38 et surtout p. 432, tr. fr. p. 102 sq.Google Scholar
  65. 66.
    SZ,p. 369 et 417 sq.Google Scholar
  66. 67.
    Zbw. §38 et Suppl. VII, surtout p. 432 sq., tr. fr. p. 103 sq.Google Scholar

Copyright information

© D. Reidel Publishing Company 1986

Authors and Affiliations

  1. 1.Universite de GrenobleFrance

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