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Les principes de l’annonce d’une maladie grave

  • M.-F. Bacqué
Part of the Psycho-Oncologie book series (PSYCHONC)

Résumé

L’annonce d’une maladie grave n’est pas une nouveauté en médecine. Elle a longtemps été une affaire privée, réservée à la consultation médicale. Pour les affections incurables, le patient majeur était le plus souvent informé pour des raisons religieuses: il lui fallait préparer son âme à Dieu. Pour les mineurs et souvent aussi pour les femmes, les personnes dépendantes, ce sont les tuteurs qui étaient informés. Dans les services de cancérologie, il en a longtemps été de même. La famille savait que son proche avait un cancer et parfois portait le secret jusqu’au bout. Ces secrets transformaient le plus souvent les relations familiales en séries de fuites, dénis, dénégations, au point que l’altération des liens affectifs devenait insupportable. Les changements sont venus tardivement en France avec la démocratisation du pouvoir médical, avec l’augmentation de la culture générale de la population et sa revendication antipaternaliste. La question « de dire le diagnostic » s’est focalisée sur le cancer depuis les années 1980, mais de nombreuses situations médicales exigeaient aussi une réflexion de fond en raison de leur impact psychologique à court et moyen terme. L’annonce d’une démence de type Alzheimer posait la question de l’incurabilité, de l’angoisse de la dépendance, de la dépression et du suicide (1). Le diagnostic prénatal et les enjeux de la réanimation des bébés prématurissimes ont entraîné de nombreuses réflexions ainsi que des ouvrages sur l’annonce d’une pathologie neurodégénérative, d’une maladie génétique… Tous ont, de façon discrète mais ferme, apporté au moins une opposition préalable à une réponse dogmatique. Il apparaissait de plus en plus que le débat sur la révélation diagnostique devait s’ouvrir à une réflexion pluraliste. Ainsi le Comité National d’Éthique s’est interrogé sur les conséquences d’une révélation diagnostique à un malade, à un enfant, à ses proches, à son employeur. Cette participation de l’instance éthique à une question, somme toute banale de la pratique médicale, a élevé le niveau d’un problème qui jusqu’alors se résolvait « sur le tas » et est bientÔt apparu comme un véritable casse-tête avec des textes parfois contradictoires, entraînant un avis collégial. La démocratisation d’Internet a accéléré le processus devant le nombre de patients (vous, moi) en train de rechercher les noms de leurs symptÔmes. Les effets parfois dévastateurs de telles prises de connaissances brutes n’ont fait que tirer le signal d’alarme. Bien qu’aujourd’hui les sites acceptés par la certification HON-HAS (Health On the Net-Haute Autorité de Santé) soient les plus fiables, cela ne veut pas dire pour autant que le patient sera accompagné. Le fait de fréquenter les sites Internet permet plutÔt de préparer sa consultation avec son médecin. Nous y reviendrons.

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Copyright information

© Springer-Verlag France, Paris 2011

Authors and Affiliations

  • M.-F. Bacqué
    • 1
  1. 1.Psychologue Département de PsychologieUniversité de StrasbourgStrasbourg

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