Durée ou discontinuité de l’apparaître: le choix phénoménologique

  • Raymond Duval
Part of the Phaenomenologica book series (PHAE, volume 115)

Résumé

La continuité constitue un thème directeur majeur de la phénoménologie. La continuité du temps est acceptée par Husserl, comme par beaucoup d’autres penseurs, comme un principe incontestable. Et, en vertu d’une loi fondamentale d’unification, pour laquelle Husserl reprend le terme de “synthèse”, la continuité de la conscience reste une évidence, malgré la multiplicité des actes de visée qui en scandent le flux. Continuité du temps et continuité de la conscience sont d’ailleurs étroitement associées, la première étant considérée comme le fondement de la seconde (III, p. 291 li.23 – p. 292 li.26, Ideen I, § 118, I p. 78–81, M.C. § 17–18)1. Or on peut se demander si l’adoption d’un tel principe de continuité ne serait pas à l’origine des difficultés que Husserl a rencontrées dans son analyse de la conscience du temps: cette analyse aboutit à une double opposition difficilement dépassable, l’une entre un présent “étendu” et un présent “ponctuel”, l’autre entre un passé rétentionnel vécu comme présent et un passé représenté vécu comme souvenir. Plus généralement on peut se demander si l’adoption d’un tel principe n’empêche pas la démarche phénoménologique de se développer pleinement.

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Notes

  1. 1.
    Les références entre parenthèses renvoient aux Husserliana, Martin us Nijhoff Publishers. Nous indiquons le volume en chiffres romains, puis la page et le numéro des lignes.Google Scholar
  2. 3.
    Lacan. Séminaire sur l’Identification. Google Scholar
  3. 4.
    voir la première colonne du tableau n°2, les deux types de situation, en annexe.Google Scholar
  4. 5.
    voir la seconde colonne du tableau n°2.Google Scholar
  5. 6.
    voir la troisième colonne du tableau n°2.Google Scholar
  6. 7.
    voir le tableau n° 3 en annexe.Google Scholar
  7. 8.
    Le terme “regard” renvoie au paradigme des expressions utilisées par Husserl dans les “Leçons sur la conscience intime du temps”: Blick, Richtung auf, hinsehen auf, Strahl der Meinung, ein aufmerkender Strahl… (X, p. 80(25, 27); p. 82(8); p. 79(11); p. 29(13); p. 116(38)…).Google Scholar
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    Husserl a connu et utilisé les premiers travaux de Cantor et en particulier l’article célèbre de 1883 “Grundlagen einer allgemeinen Mannigfaltigkeitslehre”, à l’origine du développement de la théorie des ensembles (cfr, Husserliana XXI, p. 119–214). Nous pensions que Husserl n’avait pas eu connaissance des articles ultérieurs de 1895–1897, “Beiträge zur Begründung der transfiniten Mengenlehre”, dans lequels Cantor établit l’importante distinction entre les différents types d’ordre ω, η, θ. Mr. Le Professeur S. IJsseling nous a aimablement signalé que Cantor en avait envoyé directement une copie à Husserl (enregistrée sous le numéro SQ6). Il serait intéressant d’analyser les remarques que la lecture de ces articles a inspirées à Husserl. Mais force est de constater que Husserl n’a pas utilisé cette distinction pour analyser les rapports entre la divisibilité du “présent étendu” et la succession des “Jetzt” inétendus. Or l’ordre propre à la succession pure, c’est-à-dire l’ordre ω, ne peut pas être continu. Ne serait-ce pas l’évidence du principe de continuité qui aurait empêché Husserl de voir l’importance et la nécessité de la distinction établie par Canor? Cet oubli de la distinction cantorienne donne davantage de poids encore à la question soulevée dans cette communication: le principe de continuité n’est-il pas à l’origine des impasses d’une analyse phénoménologique classique du temps? Un exposé détaillé de la distinction établie par Cantor se trouve dans W. Sierpinski “Leçons sur les nombres transfinis”, Paris, Gauthier-Villars, 1950, p. 139–153 (“les types d’ordre”). On peut aussi consulter M. Barbut et B. Monjardet “Ordre et Classification” Paris, Hachette, 1970, I p. 56–74.Google Scholar
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    Proust s’est efforcé de surprendre, dans les transitions du réveil, ces instants où la reconnaissance n’aurait pas encore eu le temps de s’accomplir, ces instants où la continuité paraît chercher à se rétablir tout aussi bien avec l’un des jours d’autrefois plutôt qu’avec la réalité du moment tout juste avant l’assoupissement. “… Qu’est-ce qui nous guide, quand il y a eu vraiment interruption (soit que le sommeil ait été complet, ou les rêves entièrement différents de nous)?…” A la Recherche du Temps perdu, La Pléiade tome II, p. 88. Mais cette conscience d’avant toute reconnaissance ne s’éveille pas à chaque réveil; elle ne peut que suivre un sommeil qui n’ait pas demeuré “sous la tutelle de la prévoyance” ibidem, p. 981.Google Scholar
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    Duval R., 1985, “Traverses et Traversées…”, p. 200–205.Google Scholar

Copyright information

© Kluwer Academic Publishers 1990

Authors and Affiliations

  • Raymond Duval
    • 1
  1. 1.Université Louis PasteurStrasbourgFrance

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