Neophilologus

, Volume 66, Issue 2, pp 179–209 | Cite as

Une lecture iconique de quelques Illuminations de Rimbaud

  • A. W. G. Kingma-Eijgendaal
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Notes

  1. 1.
    T. Todorov, “Une complication de texte:les Illuminations”,Poetique 34, avril 1978, p. 241–253.Google Scholar
  2. 2.
    Ibidem, p. 243.Google Scholar
  3. 3.
    Les exemples les plus connus sont: J. Gengoux,La pensee poetique de Rimbaud, Nizet, Paris 1950; A. R. de Renéville,Rimbaud le Voyant, Paris 1929, et E. Starkie,A. Rimbaud, London 19613. Cf. aussi J. Richer, qui traite surtout d'Une Saison en Enfer et de poésies autres queles Illuminations dans L'Alchimie du verbe de Rimbaud, Didier, Paris 1972. Depuis qu'Etiemble a fait la critique des critiques de Rimbaud, inutile d'insister:Le Mythe de Rimbaud, tome IGenèse du Mythe, Gallimard 1954, tome IIStructure du Mythe, Gallimard 1952, tome VL'annee du centenaire, Gallimard 19672. Il importe de souligner que l'interpré tation ésoterique est uneapproche certes légitime, qui dans le cas de Rimbaud peut être justifiée par sa bibliographie (l'influence probable de ses lectures). Cependant, le texte même de ses poèmes n'offre pas de points de départ pour uneinterpretation ésotérique, de sorte qu'une telle analyse textuelle dans le cas de Rimbaud reste arbitraire et peu satisfaisante.Google Scholar
  4. 4.
    A. W. G. Eijgendaal, “DeIlluminations van A. Rimbaud: spanning van het betekenen” (la tension du sens).Forum der Letteren, juni 1976, p. 66.Google Scholar
  5. 5.
    Todorov,op. cit. p. 252–253. Pour une conception analogue cf. aussi H. Friedrich,Die Struktur der modernen Lyrik, Rowohlt, Hamburg 1956. On peut placer le livre de R. Kloepfer et U. Oomen (Sprachliche Konstituenten moderner Dichtung, Athenaeum Verlag, 1970), entre les critiques qui recherchent une certaine coherence dans les textes de Rimbaud, et ceux qui soulignent l'obscurite fondamentale, voulue, de son œuvre: Kloepfer et Oomen sont d'avis que le manque de coherence semantique dans les textes obscurs est souvent “compense” par une extra-régularité structurelle sur d'autres plans (sonore p. ex.).Google Scholar
  6. 6.
    Il s'agit des poèmesParade etH. Hortense expliquerait le titre du poèmeH, et le poème representerait une courtisane, la masturbation, l'homosexualite ou le hashisch (cf. Py, edition critique desIlluminations, Droz, Genève 1967, p. 214). Nous proposons une autre solution, moins sérieuse peut-être: la frequence des consonnes qui constituent le nom Hortense (r, t, s, si l'on fait exception du h muet) est remarquable: 70 sur 153! (r 25,s 24,t 21). Lel revient souvent aussi (21) mais c'est à cause de l'emploi de l'article défini: les autres consonnes sont beaucoup moins frequentes (d 12,k 9,m 7,n 7,p 5,v 5,z 5,ż 3,b 2,j 1,g 1), et, en plus, toutes les phrases commencent part, s, s, s, (l), (o) t, tr. Voilà le mot de l'enigme!Google Scholar
  7. 7.
    A. Jolles,Formes simples (traduit de l'allemand), Seuil, Paris 1972, p. 109.Google Scholar
  8. 8.
    Ibidem, p. 106.Google Scholar
  9. 9.
    Cf. resp. Cl. Brooks,The Well-Wrought Urn, Methuen, London 19712, p. 157–175, et W. M. Urban,Language and Reality, London 19512, p. 462. J. P. Guépin, (Doorkruiste Verwachtingen, Arbeiderspers. Amsterdam 1977) par contre affectionne la comparaison avec une devinette. Il declare que trouver le sens cache à travers la forme difficile ressemble à trouver la solution d'une énigme, mais il prend soin de preciser que, dans l'art, c'est la forme difficile qui est valorisee positivement, tandis que la coherence trouvee se revè le decevante. La paraphrase destinee à faire comprendre de quoi il s'agit, n'épuise pas le sens du poème auquel il faut done retourner (p. 110 sq.).Google Scholar
  10. 10.
    H. Corbin cité par G. Durand,L'Imagination symbolique, P.U.F. 1968, p. 12 (note). Il est impossible de donner une liste même sommaire des ouvrages qui traitent ce point de vue. Je me réfère simplement au representant le plus important de ce courant philosophique, à savoir E. Cassirer,Die Philosophie der symbolischen Formen, 3 vol., Berlin 1923; après lui, il faut citer l'ouvrage pratique de S. Langer,Philosophy in a new key, Harvard University Press Cambridge (Mass.) 1960. Le mouvement esthétique, critique du New Criticism nous a donne egalement à cet égard des reflexions théoriques fort utiles; cf. p. ex. N. Frye,Anatomy of Criticism, Princeton University Press 19733, W. K. Wimsatt,The verbal Icon, London 1970, Cl. Brooks,op. cit., W. Y. Tindall,The literary symbol, Indiana Univ. Press, London 19746, M. Krieger.The new Apologists for Poetry, Indiana Univ. Press, Bloomington 1963 etc. Enfin, beaucoup de poètes ont reflé chi sur le symbole, on songe à la “philosophie” de Mallarme. Pour apprécier l'apport du romantisme allemand dans ce domaine, il faudrait une competence de spécialiste que je ne pretends pas avoir.Google Scholar
  11. 11.
    G. Durand,op. cit., p. 3–15.Google Scholar
  12. 12.
    P. Ricœur,Finitude et Culpabilite, Aubier, Paris 1960, p. 23. Ricœur cite a la même page M. Pépin, pour avoir “bien elucide ce problème” (= le problème de la distinction du symbole et de l'allégorie) dans son livreMythe et Allegorie, Paris 1958, Cf. aussi P. Ricœur, “Parole et Symbole”,Revue des Sciences religieuses, 49 annee, janv. avril 1975, p. 150: “l'allégorie est un procéde rhétorique qui peut être é liminé une fois qu'il a rempli son office”.Google Scholar
  13. 13.
    Cf. G. Durand,op. cit., p. 15.Google Scholar
  14. 14.
    Nous ne doutons pas que Todorov, à qui nous empruntons cette phrase (op. cit., p. 252) ne fasse lui-même la distinction entre “sens” et “référent”. Après Frege, on devrait pouvoir s'attendre à ce que personne ne commette plus cette erreur.Google Scholar
  15. 15.
    Cf. A. F. Mackay, “Mr. Donnellan and Humpty Dumpty, on Referring”,The Philosophical Review vol. 77, 1968, p. 198 note 4, qui tout en soulignant l'utilité de ce point de vue, ajoute que, selon lui, on est allé trop loin dans cette direction. Cf. aussi L. Linsky,Le problème de la référence, Seuil, Paris 1967, surtout le chap. VIII où l'auteur souligne que “se référer à” (= ce que j'ai appelé “désigner”) est uneaction; et “en tant qu'action, il peut être bon ou mauvais de l'accomplir” (p. 166).Google Scholar
  16. 16.
    J. Lyons, Semantics, vol. I, Cambridge Univ. Press 1977, p. 176–177.Google Scholar
  17. 17.
    Cf. Ducrot/Todorov,Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage, Seuil, Paris 1972, p. 318 sq.Google Scholar
  18. 18.
    Q.I.M. Mok, “Interpretatie en ‘Underspecification’”, Forum der Letteren, sept. 1979, p. 222.Google Scholar
  19. 19.
    J. Lyons,op. cit., p. 207.Google Scholar
  20. 20.
    Cf. M. Arrivé, “La sémiotique littéraire” dansLe langage (sous la direction de B. Pottier), CEPL, Paris 1973, p. 275. M. Arrivé confronte les deux phrases suivantes: “J'ai lu cette opinion dans cet ouvrage” et “J'ai lu telle opinion dans tel ouvrage”. Il précise que le déterminant “tel” dans le 2e exemple fournit au substantif qu'il détermine “un simulacre de reférent”.Google Scholar
  21. 21.
    Cf. H. J. Verkuyl e.a.,Transformationele Taalkunde, Spectrum, Antwerper 1974, p. 110–132.Google Scholar
  22. 22.
    C'est p. ex. la définition de base de la littérature en géneral pour F. C. Maatje,Literatuurwetenschap, Utrecht 1970.Google Scholar
  23. 23.
    Ducrot / Todorov,op cit., p. 333 sq. Cf. aussi N. Frye,op. cit., p. 74: “...verbal structures may be classified according to whether thefinal direction of meaning is outward or inward. In descriptive or assertive writing the final direction is outward .... In all literary verbal structures the final direction of meaning is inward”.Google Scholar
  24. 24.
    Cf. resp. J. Mukarovsky, “Littérature et Sémiologie”, une reproduction d'un article de '34 et d'un article de '36, dansPoétique 3, 1970, p. 390, et R. Jakobson, “Linguistique et Poé tique” p. ex. dansEssais de linguistique genérale, Minuit, Paris 1963, Il va sans dire que ce n'est pas avec, mais après Mukarovsky que de telles observations sont devenues des banalités.Google Scholar
  25. 25.
    Prendre la célèbre définition de Jakobson comme un point de départ pour l'analyse des textes de Rimbaud, est certainement utile; mais certains commentateurs vont plus loin, comme p. ex. N. Wing,Present Appearances: Aspects of Poetic Structure in Rimbaud's Illuminations, Romance Monographs nr. 9, University Mississippi 1974. Le livre a certes des mérites, mais le lecteur se fatigue de constater comment N. Wing s'efforce de démontrer dans chaque analyse desIlluminations que ces poèmes ne renvoient pas à notre monde connu. Le tait cependant que N. Wing s'est donné tant de peine pour refuter des interprétations qui cherchent à tout prix des référents, est révélateur.Google Scholar
  26. 26.
    S. Bernard,Le poème en prose de Baudelaire jusqu'à nos jours, Nizet, Paris 1959; S. Dresden,Symbolisme, Wet. Uitg. Amsterdam 1980; G. Michaud,Message poetique du Symbolisme, Nizet, Paris 1947; H. Peyre,Qu'est-ce que le symbolisme?, P.U.F. 19742.Google Scholar
  27. 27.
    En effet, le titre de cet article précise qu'il s'agit d'unelecture iconique, et non pas d'iconicite dans les poèmes de Rimbaud. Pour ma part, je voudrais réserver le terme “iconicite” aux cas où l'auteur a consciemment et manifestement joué avec p. ex. la typographie. La poésie moderne, à partir de Mallarmé, en a fait un procédé visant l'effet, ce qui n'est pas encore le cas pour Rimbaud. Le signe iconique, introduit par Ch. S. Peirce,Collected Papers, est employé dans un sens plus large par A. v. Zoest, cf. son livreSemiotiek, Ambo, Baarn 1978. Cf. à ce propos, aussi son article “ Interprétation et sémiotique” dansThéorie de la littérature, A. Kibédi Varga, éd. Picard, Paris 1981. Je n'ignore pas que les autographes desIlluminations formaient une liasse de feuilles fort différentes et que l'histoire du “manuscrit” a posé des problèmes. En comparant les éditions de la Pléiade, de Garnier et de Py, on constate qu'il n'y a pas de diffé rences significatives dans la disposition des paragraphes. Il faut dire que j'ai trouvé une petite exception pour les poèmes qui m'occupent: dans une édition ancienne de la Pléiade (1954, éd. René ville / Mouquet et non pas A. Adam),Bottom comptait 4 paragraphes au lieu de 3 (la petite phrase simple du 3e, étant imprimée à part). Cette constatation ne détruit pas, à mon avis, l'interpretation que j'ai donnée.Google Scholar
  28. 28.
    C'est pour des raisons pratiques que je me sers du terme “isomorphisme” (bien connu dans l'analyse poétique en France), bien que le terme “Kookkurenz” introduit par R. Kloepfer dans son livre utilePoetik und Linguistik, (Fink, München 1975) me semble préférable. Ce dernier terme a l'avantage de ne pas suggérer une grande ressemblance entre le niveau formel et le niveau conceptuel.Google Scholar
  29. 29.
    R. Kloepfer U. Oomen,op. cit., parlent de “brückenhaften syntaktischer Strukturen” à propos dePonts, et de “Reimspuren” par rapport àOrnieres.Google Scholar
  30. 30.
    Constatant que les textes les plus clairs sont en mēme temps les textes les plus structurés, mon hypothèse heuristique est à l'opposé de celle de Kloepfer et Oomen,op. cit., (cf. note 5). Pour la méthode je me suis basée surtout sur le célèbre article de R. Jakobson,op. cit., et sur Delas Filliolet,Linguistique et Poetique, Larousse 1973.Google Scholar
  31. 31.
    On peut constater d'autres sonorités frappantes (p. ex. plafond ombre; néanmoins baldaquin matin juin). Mon analyse entend tenir compte du texte dans sa totalite, c'est pourquoi j'ai note uniquement les sonorités les plus frequentes, qui se trouvent à une distance relativement petite dans le texte, et qui caracterisent un paragraphe dans sa totalité.Google Scholar
  32. 32.
    Cf. J. Plessen,Promenade et Poésie, Mouton, La Haye-Paris 1967, pp. 112, 167, 181.Google Scholar
  33. 33.
    Cf. l'edition critique d'A. Py.Illuminations, Droz, Geneve 1967, p. 212: “Le matin reveille Rimbaud à lui-même: il s'enfuit avec un eclat de rire vengeur, à la rencontre des prostituées de la banlieue qui se jettent sur lui comme l'aventure d'un jour nouveau.”Google Scholar
  34. 34.
    Il n'est plus nécessaire d'introduire le livre bien connu de S. Levin,Linguistic Structures in Poetry, Mouton 19642, qui peut ètre consideré comme un développement de la theorie de Jakobson.Google Scholar
  35. 35.
    N. Ruwet, “L'analyse structurale de la poésie”,Linguistics vol. 2, 1963 1964, p. 50 sq.Google Scholar
  36. 36.
    J. P. Richard,Poesie et Profondeur, Seuil 1955, p. 205.Google Scholar
  37. 37.
    Pour la discussion de l'expressivité sonore, le livre de P. Delbouille,Poesie et Sonorités, Paris 1961, est un instrument indispensable. L'expressivite de la forme a éte egalement traitée avec intelligence par P. Guiraud, “Pour une sémiologie de l'expression poétique”,Essais de Stylistique (problèmes et méthodes) dans la sérieInitiation a la linguistique, 1, série B, Klincksieck, Paris 1969, p. 217–230.Google Scholar
  38. 38.
    L'analyse de ce poème a dejà paru dans une revue littéraire neerlandaise, cf. A. W. G. Eijgendaal,op. cit. (note 4).Google Scholar
  39. 39.
    Il n'est pas etonnant que le poèmeAube, “qui reflète le plus complètement l'experience de la marche”, ait été analysé en détail par J. Plessen,op. cit., p. 318–325.Google Scholar
  40. 40.
    On a douté de l'unité de ce poème, à cause de l'écriture très diffé rente de la 3e partie, où de plus, le chiffre III surchargeait le titre primitif “Veillees”. D'après moi, cela signifie simplement que Rimbaud a ajoute après coup cette 3e partie aux 2 autres. Comme l'a fait remarquer A. Py (p. 150): “[Ce faisant, Rimbaud] a obéi à un sûr instinct d'artiste: ... l'imagination excitée devait retrouver le rythme du repos.” Quant à la fin du poème, Py comme tous les autres commentateurs y observe “une certaine solution de continuite”; ce qui fait qu'on interprète “les soleils de greve” comme de “grosses flammes à l'â tre” (cf. S. Bernard,Rimbaud, 1960, p. 505–507). Cela, evidemment, n'est pas compatible avec “le foyer noir” du texte.Google Scholar
  41. 41.
    A. Py,op. cit., p. 149.Google Scholar
  42. 42.
    Ibidem, p. 84.Google Scholar
  43. 43.
    R. Kloepfer U. Oomen,op. cit., p. 74–76. C'est là une difference avec notre point de dé part. Pour le moment nous souhaitons nous limiter à la spatialisation visuelledu poeme mēme.Google Scholar
  44. 44.
    A. Py,op. cit., p. 179.Google Scholar
  45. 45.
    Ibidem, p. 164. En général c'est pour cette raison qu'on parle de cyclicité, et qu'on cite effectivement les poèmesBarbare, Aprés le Deluge, etNocturne Vulgaire. Ce que j'ai voulu, par contre, c'est montrer une cyclicité structurelle dans les poemesAube etVeillees où il n'est pas question d'une répétition littérale.Google Scholar
  46. 46.
    Cf. J. J. A. Mooy,Tekst en Lezer, Amsterdam 1979, p. 106 sq.; et J. M. Lotman,Die Struktur literarischer Texte. München 1972 (traduit du russe: une traduction française a paru en 1973, Paris, sous le titreLa structure du texte artistique).Google Scholar
  47. 47.
    S. Bernard,op. cit., p. 413 sq., où elle cite Mallarme (“armature intellectuelle du poème”) et donne des commentaires utiles à propos d'une “transcription en prose” d'un poème d'H. de Régnier.Google Scholar

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© Wolters-Noordhoff Groningen 1982

Authors and Affiliations

  • A. W. G. Kingma-Eijgendaal
    • 1
  1. 1.OegstgeestThe Netherlands

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