Social psychiatry

, Volume 2, Issue 2, pp 86–94 | Cite as

Réflexions psychosociologiques sur l'Hôpital psychiatrique et la psychothérapie institutionnelle

  • M. -A. Babinet
Travaux Originaux
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Résumé

Le présent article n'est pas le résultat de recherches empiriques mais une tentative de réflexion psycho-sociologique sur l'hôpital psychiatrique et d'analyse des résistances que peuvent rencontrer ceux qui veulent faire de l'institution un instrument thérapeutique. — Dans une première partie, conformément aux courants récents de l'analyse psycho-sociologique des organisations, on considère l'hôpital psychiatrique comme un organisme polyfonctionnel. Trois fonctions principales sont dégagées: une fonction hôtelière, une fonction de détention, et une fonction thérapeutique. Chacune des fonctions prise séparément, détermine une structure institutionnelle qui se caractérise par des objectifs spécifiques, une instance hiérarchique, un statut de la population «cliente», un type de relations entre le personnel et cette population. — C'est de la superposition et de l'intrication des structures organisationnelle et relationnelle que déterminent ces trois fonctions, que résulte la structure particulière de l'hôpital psychiatrique. — Les implications respectives de ces trois fonctions sont souvent contradictoires, d'où la naissance de nombreux conflits. En s'inspirant de la littérature américaine, on analyse quelques uns de ces conflits tels qu'ils peuvent apparaître au niveau des rôles et des attitudes du personnel, et au niveau de l'exercice de l'autorité et des systèmes de valeur qui servent de référence aux représentants de l'autorité. — On insiste sur l'importance prise par la fonction de détention dans la structure asilaire classique et sur les conséquences de cet état de fait notamment sur l'attitude thérapeutique. La tentative des psychiatres de réintroduire dans cette structure une fonction thérapeutique proprement dite, apparaît comme une véritable gageure ayant entraîné la remise en question de la notion d'aliénation. — La deuxième partie traite de l'interdépendance entre la structure de l'hôpital psychiatrique et la notion de folie, et son devenir à travers les changements qu'impliqué l'instauration d'une psychothérapie institutionnelle. — Une institution thérapeutique est nécessairement une institution du changement. Cette notion paraît contradictoire dans les termes, «institution» étant toujours synonyme d'un certain degré d'inertie et de rigidité. Dans le cas de l'hôpital psychiatrique, la rigidité apparaît encore surdéterminée par la présence en son sein du spectre de la folie auquel elle a donné naissance, et qui réagit sur elle par les défenses qu'elle engendre. A l'image du mur qui enclôt l'hôpital et qui sépare le monde des normaux du monde des fous, la rigidité de l'organisation hospitalière vise, à l'intérieur de l'hôpital, à élever le même mur infranchissable entre les normaux et les fous. — Toute tentative d'introduction du changement remet en question l'ensemble de la structure, et l'image de la folie qui en est le pivot. Ainsi les premiers changements introduits modifiaient le statut des malades mentaux et par là les relations de ceuxci avec le personnel, auquel il convenait alors de donner les moyens d'affronter cette nouvelle situation. Il apparaît que cette transformation revient, pour le personnel, à substituer aux systèmes de défense rigides s'appuyant sur des barrières matérielles et une absence de communication, un système de défense plus souple fondé sur la connaissance et orienté au contrôle moins de la folie que du pathologique. Un exemple vient illustrer les premières phases de cette évolution. Les possibilités et les conditions d'une telle évolution au sein du personnel hospitalier classique apparaissent non seulement mal connues, mais souvent totalement méconnues, autant que les aptitudes requises par ces nouvelles fonctions. En outre, l'évolution ne concerne pas seulement les individus, mais la structure même des groupes de soignants, des médecins aux infirmiers: les fonctions qui doivent y être exercées, les relations entre les membres. Une telle connaissance concernant le personnel, apparaît pourtant une condition nécessaire à la réussite de toute thérapeutique en institution. Quelques perspectives de recherche sont suggérées, et on souligne l'apport possible de la psychosociologie au développement des connaissances rendant possible une psychothérapie institutionnelle.

Summary

The present article contains no empirical research results but attempts a psychological analysis of the resistances which are met by those who try to make psychiatric institutions therapeutic. — The hospital fulfils three main functions: it provides a home, segregation from the outside world and treatment. Each function determines a type of institutional organisation, with its own hierarchical pattern, its own client status and its own specific relationships between staff and patients. The special social structure of the psychiatric hospital results from the interactions between these functions which also provide numerous sources of conflict. Several such conflicts are described, as they are reflected in the roles and attitudes of staff, in the exercise of authority and in value-systems. The attempt of psychiatrists to introduce a therapeutic element into the old-fashioned custodial hospital calls the whole concept of insanity into question. — A therapeutic community must always be changing, in spite of the inertia and rigidity which is inherent in the notion of any institution, and especially pronounced in mental hospitals. The wall which separates the inmates from the outside world is symbolised also, within the hospital, by the invisible barrier which is erected between staff and patients. — Each attempt at change therefore introduces a new questioning of the traditional picture of madness, because of a modification in the status of patients which brings about a change in their relationship with staff. This transformation allows the old rigid defence mechanisms, based on material barriers and a lack of communication, to be replaced by more elastic defences, based on knowledge and oriented towards the control of pathology rather than of madness. Knowledge about staff attitudes and relations is essential for the success of all community therapy. Several lines of research are suggested and the part that psychosociology can play in the development of understanding of institutional psychotherapy is emphasized.

Zusammenfassung

Die Arbeit enthält keine empirischen Forschungsergebnisse; in ihr wird eine psycho-soziologische Analyse jener Widerstände versucht, die dem Wandel psychiatrischer Institutionen zu therapeutischen Einrichtungen entgegenstehen. — Das Krankenhaus als multifunktionelle Organisation erfüllt drei Hauptfunktionen: Heim, Abschluß von der Außenwelt und Therapie. Jede dieser Funktionen bedingt eine Struktur der Institution mit einem bestimmten hierarchischen Muster, einem bestimmten Status der Klienten und spezifischen Beziehungen zwischen dem Personal und dieser Population. Die besondere Struktur des psychiatrischen Krankenhauses ergibt sich aus der Verflechtung solcher Funktionen. Hier liegen zugleich auch zahlreiche Konfliktquellen. Einige davon werden beschrieben, wobei den Rollen und Einstellungen des Personals sowie der Ausübung der Autorität und den besonderen Wertsystemen Beachtung geschenkt wird. Der Versuch der modernen Psychiatrie, die klassische detentive Krankenhausstruktur durch stärker therapeutisch orientierte Organisationsmuster abzulösen, mußte zugleich auch den Begriff der Verrücktheit fragwürdig machen. — Jede therapeutische Intention beinhaltet einen Wandel und steht insofern in Gegensatz zur Rigidität, welche jeder Institution eignet. Das gilt in besonders ausgeprägter Weise für das psychiatrische Krankenhaus, insofern die Mauer zwischen Hospital und der Welt der Normalen im Inneren des Krankenhauses als Schranke zwischen dem Personal und den Kranken wiederkehrt. — Jeder Versuch einer therapeutischen Umorientierung des Krankenhauses muß daher das traditionelle Bild der Verrücktheit in Frage stellen. Das starre Abwehrverhalten des Personals, welches im klassischen Fall durch weitgehendes Fehlen jeder Kommunikation gekennzeichnet ist, wandelt sich im modernen, therapeutisch orientierten Krankenhaus zu elastischeren Abwehrformen, welche auf eine größere Einsicht und die Bearbeitung des Pathologischen gegründet sind. In dieser Arbeit wird im einzelnen begründet, welche psycho-soziologischen Veränderungen die Gesamtstruktur eines Krankenhauses erfährt, wenn dieses zu einer psychotherapeutischen Institution umgewandelt werden soll.

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Copyright information

© Springer-Verlag 1967

Authors and Affiliations

  • M. -A. Babinet
    • 1
  1. 1.Hôpital psychiatrique Saint-AnneParis XIVe

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