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Philosophie de la nature et communauté chez Shaftesbury et Toland

Résumé

La publication par John Toland de l’Enquête sur la vertu ou le mérite de Shaftesbury semble indiquer une complicité, voire même une convergence de doctrine entre les deux penseurs. Or, cette convergence apparente masque la spécificité de chacun concernant surtout les concepts de nature et de communauté. Plus précisément, l’orientation de la nature par rapport à la communauté humaine ne se fait pas pour les mêmes raisons. Alors que Shaftesbury inclut nature et communauté dans une même perspective pour aboutir à l’analyse du lien social, Toland forge un projet de connaissance théorique de la nature qui l’affranchit de la définition essentiellement pratique de toute communauté humaine en général.

Summary

When John Toland publishes Shaftesbury’s book,An Inquiry Concerning Virtue or Merit, there seems to exist a complicity or even a doctrinal similarity between the two thinkers. Now, this apparent affinity hides the specificity of each author concerning the concepts of nature and community. More exactly, the orientation of nature with regard to the human community is not realized for the same reasons. When Shaftesbury includes nature and community in a same view in order to build the analysis of the social relations, Toland elaborates a theoretical knowledge of nature which allows him to avoid a practical definition of any human community in general.

Zusammenfassung

John Tolands Edition von ShaftesburysAn Inquiry Concerning Virtue or Merit scheint zu zeigen, daß die beiden Denker in ihren Ansichten in hohem Maße übereinstimmten. Hinter dieser vordergründigen Übereinstimmung verbergen sich jedoch ganz unterschiedliche Auffassungen von der Natur und der menschlichen Gemeinschaft. Genauer gesagt, ist die Natur bei den beiden nicht aus denselben Gründen auf die menschliche Gemeinschaft ausgerichtet. Während für Shaftesbury Natur und Gemeinschaft zusammen zu sozialen Beziehungen führen, erarbeitet Toland ein theoretisches Naturwissen, daß es ihm erlaubt, auf eine praktische Definition dessen, was ganz allgemein unter menschlicher Gemeinschaft zu verstehen ist, zu verzichten.

Literatur

  1. 1.

    Pour Shaftesbury, le texte de 1699 n’était pas terminé. L’Enquête fut publiée sous sa forme définitive dans la première édition desCharacteristics of Men, Manners, Opinions, Times, en 1711. Pour comparer les deux versions, consulter l’édition WolframBenda pour laStandard Edition, Complete Works, II, 2, Stuttgart, Frommann, 1984. Le véritable titre de 1699 est:An Inquiry Concerning Virtue, in Two Discourses.

  2. 2.

    Chez JohnStuart Mill, dans l’Autobiographie, Paris, Aubier, 1993, p. 60, les notes de John M.Robson donnent la définition suivante du déisme lorsque Mill s’interroge sur l’origine des choses: «le déisme consiste à croire que le Créateur se révèle par le truchement de la loi naturelle plutôt que par les miracles et l’Écriture.»

  3. 3.

    Alfred OwenAldridge, «Shaftesbury and the Deist manifesto»,Transactions of the American Philosophical Society, new series, vol. 41, 1951, p. 298.

  4. 4.

    Shaftesbury,Characteristics of Men, Manners, Opinions, Times, Hildesheim/New York, Olms, 1978, repr. de l’éd. de Londres, 1711, vol. II, p. 20: «there is [...] a System of all Things, and a Universal Nature

  5. 5.

    JohnToland,Letters to Serena, Letter V, repr. de l’éd. de Londres, 1704, Stuttgart, Frommann, 1964, p. 184: «The Constitution and Fabric of the Universe», «The Fabric of the World.»

  6. 6.

    Ibid.,, Stuttgart, Frommann, 1964, p. 197: «The Circulation of the Blood and Sap to every imaginable Part, are now no Secrets in Natural Philosophy.» Cette description du principe des êtres naturels requiert le titre non anodin de philosophie naturelle.

  7. 7.

    J. Toland pense sans doute à un passage de JohnLocke dans l’Essai philosophique concernant l’entendement humain, Paris, Vrin, 1989, liv. III, chap. 4, § 9, p. 339; ceux qui définissent le mouvement comme «un passage d’un lieu dans un autre» ne font que donner un synonyme du mouvement mais ne définissent nullement le mot.

  8. 8.

    J.Toland,op. cit. supra n. 5,, p. 173.

  9. 9.

    AlexandreKoyré,Études newtoniennes, Paris, Gallimard, 1968, p. 60: «hypotheses non fingo», «je ne feins pas d’hypothèses», veut dire tout simplement: «je n’utilise pas de fictions et de propositions fausses comme prémisses et explications.» II faut bien sûr souligner que, sur d’autres points comme la conception de l’espace par exemple, Toland n’est pas newtonien.

  10. 10.

    J.Toland,op. cit. supra n. 5,, p. 188.

  11. 11.

    Ibid.,, p. 237.

  12. 12.

    Celui qui a la chance de partir étudier à l’étranger prend conscience de l’arbitraire et du caractère relatif des lois et de la religion de son pays, cf. J.Toland,op. cit. supra n. 5,, Letter One, p. 6.

  13. 13.

    Ibid., p. 13.

  14. 14.

    Ibid., p. 2.

  15. 15.

    J. Toland, «Clidophorus or of the Exoteric and Esoteric Philosophy», inTetradymus, Londres, 1720, p. 70.

  16. 16.

    Voir AlexandreMatheron,Individu et Communauté chez Spinoza, Paris, Minuit, 1969, quatrième partie, p. 594: «l’unification interne: individualité libérée et communauté des sages.»

  17. 17.

    Nous sommes d’accord avec LeslieStephen, dansHistory of English Thought in the Eighteenth Century, repr. de l’éd. de Londres, 1902, Bristol, Thoemmes, 1991, vol. 2, p. 25: pour Shaftesbury, dans l’Enquête, c’est la morale qui est ensuite théologique et métaphysique et non l’inverse.

  18. 19.

    Shaftesbury,op. cit. supra n. 4,, vol. II, p. 209.

  19. 20.

    Ibid.,, p. 11.

  20. 21.

    Cicéron,Traité des devoirs, I, 43, inLes Stoïciens, Paris, Gallimard, «Bibliothèque de la Plèiade», 1962, p. 152–154.

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Author information

Additional information

FabienneBrugère, née en 1965, est ancienne élève de l’École normale supérieure, et agrégée de philosophie. Elle enseigne à l’université de Brest et travaille sur la philosophie anglaise autour de 1700, en particulier dans les domaines esthétique, moral et politique.

About this article

Cite this article

Brugère, F. Philosophie de la nature et communauté chez Shaftesbury et Toland. Rev synth 116, 303–314 (1995). https://doi.org/10.1007/BF03182047

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Mots clés

  • déisme
  • organisation de la nature
  • communauté humaine et société idéale
  • apprentissage social du monde

Keywords

  • deism
  • organization of nature
  • human community and ideal society
  • social apprenticeship of the world

Stichwörter

  • Deismus
  • Aufbau der Natur
  • menschliche Gemeinschaft und ideale Gesellschaft
  • Sozialisierung