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Histoire des idées, sociologie des croyances et processus argumentatifs scepticisme et modernité d’après Richard H. Popkin

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Résumé

On se propose, dans cet article, de montrer l’intérêt de l’ouvrage classique de Richard H. Popkin du point de vue d’une analyse sociologique et anthropologique des processus collectifs de doute et d’adhésion. Un tel examen implique toutefois, au niveau de la méthode, d’analyser les différences fines existant entre histoire des idées, sociologie de la connaissance, ethnologie des croyances et épistémologie. L’examen mérite d’être mené aussi bien pour la compréhension du développement du scepticisme ausvii e siècle que du déferlement de la vague relativiste contemporaine, qu’il faut assurément distinguer, en suivant l’inspiration de Popkin, d’une forme de scepticisme modéré proche du rationalisme critique.

Abstract

This paper claims to show the relevance of the classical book by Richard H. Popkin from the point of view of a sociological and anthropological analysis of the collective processes of doubt and assent. This examination implies, however, that we analyse the fine differences between the history of ideas, the sociology of knowledge, the ethnology of beliefs and epistemology. The examination deserves to be carried out as well for the understanding of the increase of scepticism in the 17th century as for the spread of the wave of contemporary relativism. The latter certainly has to be distinguished, as Popkin suggests, from a form of moderate scepticism close to critical rationalism.

Zusammenfassung

In diesem Aufsatz wird beabsichtigt, die Bedeutung von Richard H. Popkins klassischem Werk, vom Standpunkt einer soziologischen und anthropologischen Analyse der kollektiven Zweifel- und Zustimmungsprozesse zu beweisen. Eine solche Erforschung bringt jedoch mit sich, was die Methode anbelangt, die feinen Unterschiede zwischen Gedankengeschichte, Wissensoziologie, Glaubensanthropologie und Wissenschaftslehre zu erforschen. Es lohnt sich die Untersuchung um des Verständnisses sowohl der Entwicklung des Skeptizismus im 17. Jahrhundert als auch der lawinenartigen Vermehrung des gegenwärtigen Relativismus willens zu unternehmen — der natürlich, Popkins Eingebung folgend, von einem gemässigten, dem kritischen Rationalismus nahestehenden Skeptizismus unterschieden werden soll.

Références

  1. 1.

    Richard H.Popkin,Histoire du scepticisme d’Érasme à Spinoza (1re éd. en anglais 1950, 1964, 1979), trad. ChristineHivet, présentation CatherineLarrère, Paris, Presses universitaires de France (Léviathan), 1995 (cité par la suite commeHS).

  2. 2.

    Cf. CatherineLarrère, présentation, inHS, etId. CatherineLarrère,L’Invention de l’économie au xviii e siècle, Paris, Presses universitaires de France, 1992, p. 20–21.

  3. 3.

    LarryLaudan,La Dynamique de la science (1re éd. 1977), Bruxelles, Mardaga, 1987, p. 181. Laudan renvoie en note aux ouvrages que je signale.

  4. 5.

    R. H. Popkin, «Scepticism, theology and the scientific revolution in the seventeenth century», inProblems in the philosophy of science, dir. ImreLakatos et AlanMusgrave, Amsterdam, North-Holland, 1968, p. 1–39.

  5. 6.

    L. Laudan,op. cit. supra n. 3,, p. 184.

  6. 7.

    «L’approche “problématologique”, si l’on peut dire, de Laudan», voirop. cit. supra n. 3, p. 14.

  7. 8.

    Cf. le second exemple queL. Laudan, inop. cit. supra n. 3,, p. 182, prend après celui de Descartes (étudié par Popkin et Gilson): «Bien que [la] littérature soit immense, nous n’avons toujours aucune idée claire de l’ensemble des problèmes auxquels Mill était confronté. Pourquoi, par exemple, a-t-il consacré autant de temps à ressusciter les méthodes d’induction par énumération et par élimination? Quels étaient donc les problèmes spécifiques dans les sciences sociales que sa célèbre “méthode historique” était supposée résoudre?»

  8. 9.

    Ibid.,, préf., p. 15.

  9. 10.

    VoirL. Laudan,op. cit. supra n. 3,, p. 184.

  10. 13.

    Voir GiovanniBusino, «La destinée de la sociologie parétienne en France»,L’Année sociologique, vol. 41, 1991, p. 205–227.

  11. 14.

    On pourrait également trouver une communauté d’inspiration entre ces recherches et la conception générale de la sociologie qui se dégage de certains travaux de Jean Baechler, comme recherche desproblèmes que les sociétés ont à résoudre et dessolutions qu’elles leur trouvent, voir. JeanBaechler,La Solution indienne. Essai sur l’origine du problème des castes, Paris, Presses universitaires de France, 1988.

  12. 15.

    VoirHS, p. 49, où le scepticisme modéré est identifié à «la quête du raisonnable».

  13. 16.

    op. cit. supra n. 8..

  14. 17.

    BernardGroethuysen,Origines de l’esprit bourgeois en France. T. 1:L’Église et la bourgeoisie (1re éd. 1927), Paris, Gallimard, 1977, spécialement p. 47–60.

  15. 18.

    Ce niveau conceptuel ou catégorial est, évidemment, tout à fait digne d’intérêt aussi. J’ai essayé de montrer comment on peut également l’aborder d’un point de vue sociologique dans «Les formes philosophiques du point de vue d’une sociologie interactionniste»,Kairos, 8, 1996, p. 11–33.

  16. 20.

    Voir cependant Geoffrey E. R.Lloyd,Magie, raison et expérience. Origines et développement de la science grecque, Paris, Flammarion, 1990, chap.ii, «Dialectique et démonstration».

  17. 21.

    Cf. notamment lesHypotyposes pyrrhoniennes deSextus Empiricus, inLes Sceptiques grecs, textes choisis et trad. par Jean-PaulDumont, Paris, Presses universitaires de France, 1966.

  18. 23.

    VoirHS, p. 184.

  19. 24.

    GeorgSimmel,Questions fondamentales de la sociologie, chap.iii, «La sociabilité. Exemple de sociologie pure ou formale», inSociologie et épistémologie, textes deG. Simmel, trad. par JulienFreund, Paris, Presses universitaires de France, 1981, p. 121–136.

  20. 25.

    Michel Foucault oppose ainsi «trame démonstrative» et «trame ascétique», «système et exercise» dans le cadre de sa réponse à la célèbre critique dont il a été l’objet de la part de Jacques Derrida quant au sens philosophique et historique à donner à la IVe Méditation; cf. MichelFoucault,Histoire de la folie à l’âge classique, Paris, Gallimard, 1972, appendice II, p. 594. Sur la pertinence de la distinction foucaldienne, cf. Jean-MarieBeyssade, «“Mais quoi? ce sont des fous.” Sur un passage controversé de la “Première Méditation”»,Revue de métaphysique et de morale, 78, 1973, p. 273–294.

  21. 26.

    AldousHuxley,The Devils of Loudun, New York, 1952.

  22. 27.

    VoirHS, p. 237.

  23. 29.

    J.-M. Beyssade,La Philosophie première de Descartes, Paris, Flammarion, 1979.

  24. 30.

    RenéDescartes,Œuvres philosophiques, textes établis, présentés et annotés par FerdinandAlquié, Paris, Garnier Frères, 3 t., 1963, 1967, 1973.

  25. 31.

    Descartes and his contemporaries. Objections and replies, éd. MargaretGrene et RogerAriew, Chicago, University of Chicago Press, 1994.

  26. 32.

    Descartes. Objecter et répondre, dir. Jean-MarieBeyssade et Jean-LucMarion, Paris, Presses universitaires de France, 1994.

  27. 33.

    Cf. H.-PaulGrice, «Logique et conversation»,Communications, 30, 1979, p. 57–72.

  28. 34.

    RaymondBoudon,L’Art de se persuader, Paris, Fayard, 1990, notamment chap.viii.

  29. 35.

    «La cohérence de l’argumentation philosophique et les normes de la communication. Une perspective de sociologie cognitive», inDescartes et l’argumentation philosophique, dir. FrédéricCossutta, Paris, Presses universitaires de France, 1996, p. 43–84, contribution qui prend son point de départ dans le livre de Popkin. Voir aussiA. Bouvier,L’Argumentation philosophique. Étude de sociologie cognitive, Paris, Presses universitaires de France, 1995, qui expose de façon systématique le soubassement sociologique de cette analyse et propose un modèle d’étude des procédures d’argumentation en prenant comme exemple l’argumentation de Descartes dans lesMéditations.

  30. 36.

    Voir, par ex.,L. Laudan,op. cit. supra n. 3,, p. 244, n. 12: «Comprendre un texte classique, selon Foucault, ce n’est ni le relier à la biographie de l’auteur,ni en examiner les arguments [je souligne]. En réalité, l’historien étudie de tels textes pour découvrir ce qu’ils nous révèlent sur la conscience […] d’une époque.» Je laisse de côté ce qui concerne la biographie des auteurs pour retenir ce qui est dit de la place de l’analyse des arguments. Comme le suggère Laudan, Foucault, je crois, n’analyse pas réellement ceux-ci ou plutôt il n’analyse les énoncés, éventuellement argumentatifs, qu’en tant qu’on y découvre la marque ou le signe ou la trace de l’épistémè à laquelle ils appartiennent, non pas du tout en tant que ces arguments contribuent à construire et à transformer les représentations et les croyances d’une communauté. Voir aussi, inibid., LarryLaudan,La Dynamique de la science (1re éd. 1977), Bruxelles, Mardaga, 1987, préf., p. 14, dans le même sens, les remarques de Meyer.

  31. 37.

    Ibid.,, p. 179.

  32. 38.

    voir MaxWeber,Économie et société, Paris, Plon, 1971, p. 535–541.

  33. 39.

    R. Boudon, inop. cit. supra n. 34,, p. 281, n. 5, renvoie plus précisément au «moule» qu’a constitué le raisonnement de Montaigne dans l’histoire du scepticisme. Dans l’ouvrage suivant,Le Juste et le vrai, Paris, Fayard, 1995,R. Boudon s’est intéressé à la vague symétrique de scepticisme et de relativisme moral qui a envahi des régions entières de la recherche intellectuelle. Il rencontre, là encore, un des axes de l’interrogation de Popkin; celui-ci renvoie, en effet, à l’un de ses articles sur «The philosophical base of modern racism», inPhilosophy and the civilizing arts. Essays presented to Herbert W. Schneider on his eightieth birthday, éd. CraigWalton et JohnP. Anton, Athens, OH, Ohio University Press, 1974, en lien avec le débat sur le préadamisme d’Isaac La Peyrère, voirHS, p. 288, n. 62. Voir aussi la présentation deC. Larrère, inHS, p. 14.

  34. 40.

    R. Boudon,op. cit. supra n. 34,, notamment p. 346–353.

  35. 41.

    Voir, par ex., HansAlbert,La Sociologie critique en question, Paris, Presses universitaires de France, 1987, chap.iv.

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Author information

Correspondence to Alban Bouvier.

Additional information

AlbanBouvier, né en 1954, agrégé de philosophie, maître de conférences à Paris IV-Université Paris-Sorbonne. Il a notamment publiéL’Argumentation philosophique. Étude de sociologie cognitive (Paris, Presses universitaires de France, 1995) et son prochain ouvrage s’intitueraPhilosophie des sciences sociales. Un point de vue argumentativiste en sciences sociales (Paris, Presses universitaires de France, à paraître).

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Bouvier, A. Histoire des idées, sociologie des croyances et processus argumentatifs scepticisme et modernité d’après Richard H. Popkin. Rev synth 119, 307–322 (1998). https://doi.org/10.1007/BF03181383

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Mots-Clés

  • argumentation
  • croyances collectives
  • Descartes
  • effets contre-intentionnels
  • Laudan
  • Popper
  • relativisme contemporain
  • rhétorique
  • scepticisme classique
  • sociologie de la connaissance

Keywords

  • argumentation
  • collective beliefs
  • Descartes
  • unintended effects
  • Laudan
  • Popper
  • contemporary relativism
  • rhetoric
  • classical scepticism
  • sociology of knowledge

Stichwörter

  • Argumentation
  • Kollectivglaube
  • Descartes
  • Laudan
  • Popper
  • zeitgenössischer Relativismus
  • Rhetorik
  • klassischer Skepticismus
  • Soziologie der Erkenntnis