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Paul-Jérémie Bitaubé, un philologue binational au XVIIIe siècle

  • Pascale Hummel
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Abstract

The destiny of the French Protestants who, at the end of the seventeenth century, had fled from France to Prussia where they gathered and formed the so-called French colony has not yet received much attention in the field of the specific historiography of philology. A scholar like P.-J. Bitaubé (1732–1808), born in Prussia and a frequent traveler, in his maturity, to Paris, where he finally settled after the French Revolution, provides the interesting testimony of the evolution during the last decades of the eighteenth century of the scholarly relationships between the two countries. By translating Homer into French at a time when the linguistic Germanization of the French refugees had almost been completely achieved, Bitaubé aimed at reconquering, so to say, the legitimacy of his historically lost French citizenship and at the same time to give French philology the dignity the German had already earned. Considered by the Germans as a traitor to the country which had welcomed his fathers and despised by the French scholars who mocked his «style réfugié» encumbered with solecisms and archaisms, he could nevertheless pride himself on being the first, after Madame Dacier, to translate in prose the entire Homeric epic.

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References

  1. 1.
    On pense évidemment aux importants travaux de M. Espagne et de M. Werner et de leur équipe de rechercheTransferts: Les relations interculturelles dans l'espace franco-allemand (XVIIIe et XIXe siècle), textes réunis et présentés par M. Espagne et M. Werner, Paris, Éditions Recherche sur les civilisations, 1988;Philologiques I: Contribution à l'histoire des disciplines littéraires en France et en Allemagne au XIXe siècle, dir. M. Espagne et M. Werner, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l'homme, 1990;Philologiques II: Le maître de langues. Les premiers enseignants d'allemand en France (1830–1850), dir. M. Espagne, F. Lagier, M. Werner, même éditeur, 1991;Les échanges universitaires franco-allemands du Moyen Âge au XXe siècle, Actes du colloque de Göttingen. Mission historique française en Allemagne 3–5 novembre 1988, textes réunis par M. Parisse, Paris, Éditions Recherche sur les civilisations, 1991. Nous avons, pour notre part, eu l'occasion d'aborder cette question à travers l'étude du modèle allemand dans le milieu normalien, dansHumanités normaliennes. L'enseignement classique et l'érudition philologique dans l'École normale supérieure du XIXe siècle, Paris, Les Belles Lettres, 1995, et, pour le cas plus particulier de Henri Weil, dans «Henri Weil entre France et Allemagne», dansL'École normale supérieure et l'Allemagne, Actes du colloque tenu à Paris les 17–19 novembre 1994, textes réunis par M. Espagne, Leipzig, Leipziger Universitätsverlag, 1995, p. 241–264.Google Scholar
  2. 2.
    On observera avec intérêt qu'un nombre important d'ouvrages consacrent une notice à notre auteur. En voici quelques titres, par ordre chronologique de leur parution: abbé Denina,La Prusse littéraire sous Frédéric II, t. I, Berlin, H. A. Rottmann, 1790, p. 261–263; G. Ch. Hamberger & J. G. Meusel,Das gelehrte Teutschland oder Lexikon der jetzt lebenden teutschen Schriftsteller, 5e édition, t. I, Lemgo, Meyer, 1796, p. 310–311; N. L. M. Desessarts,Les siècles littéraires de la France, ou Nouveau dictionnaire, historique, critique, et bibliographique, de tous les écrivains français, morts ou vivans, jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, t. I, Paris, chez l'Auteur, an VIII (1800), p. 263–264; A. de Beauchamp,Biographie moderne, ou dictionnaire biographique, de tous les hommes morts et vivants qui ont marqué à la fin du 18e siècle et au commencement de celuici…, 2e édition, t. I, Breslau, G. Th. Korn, 1806, p. 246; Bon-Joseph Dacier, «Notice historique sur la vie et les ouvrages de M. Bitaubé, lue à la séance publique du 7 juillet 1810», dansHistoire et Mémoires de l'Institut royal de France. Classe d'histoire et de littérature ancienne, t. IV, Paris, Firmin Didot, 1818, p. 38–51; J.-M. Quérard,La France littéraire, t. I, Paris, Firmin Didot, 1827, p. 343–344; A. Dantès,Dictionnaire biographique et bibliographique alphabétique et méthodique des lettres, sciences & arts…, Paris, Ad. Lainé, déc. 1872, p. 100; Ch. Dezobry & Th. Bachelet,Dictionnaire général de biographie et d'histoire…, t. I, Paris, Ch. Delagrave, 1883, p. 305,Dictionnaire de biographie française, t. VI, Paris, Letouzey, 1954, coll. 533–534. Bitaubé ne figure pas en revanche dans laAllgemeine deutsche Biographie, sa citoyenneté française reconquise l'emportant aux yeux des biographes sur son passé prussien.Google Scholar
  3. 3.
    Pour ces «états dans l'état», voir C. Reyer,Histoire de la colonie française en Prusse, trad. par Ph. Corbière, Paris, J. Cherbuliez, 1855; M. Yardeni,Le refuge protestant, Paris, PUF, 1985,Die Hugenotten 1685–1985, hrsg. von R. von Thadden & M. Magdelaine, München, C. H. Beck, 1985,Die Hugenotten und das Refuge: Deutschland und Europa, hrsg. F. Hartweg & S. Jersch-Wenzel, Berlin, Colloquium Verlag, 1990.Google Scholar
  4. 4.
    Voir Erman et Reclam,Mémoires pour servir à l'histoire des réfugiés françois dans les états du Roi, t. I, Berlin, J. Jasperd, 1782, C. Reyer,op. cit., Histoire de la colonie française en Prusse, trad. par Ph. Corbière, Paris, J. Cherbuliez, 1855, p. 138–145.Google Scholar
  5. 5.
    Voir Eug. et Em. Haag,La France protestante ou Vies des protestants français qui se sont fait un nom dans l'histoire, t. II, repr. Genève, Slatkine, 1966 (2e édition, Paris, Sandoz et Fischbacher, 1879), p. 296.Google Scholar
  6. 6.
    Sur cette ville et notamment la vie des protestants, voir l'ancienne, mais encore utile, monographie de J. F. Samazeuilh,Monographie de la ville de Casteljaloux, Nérac, J. Bouchet, 1860, pour la période qui nous intéresse ici, plus particulièrement p. 216 et suiv., «Faits postérieurs à la révocation de l'Édit de Nantes».Google Scholar
  7. 7.
    Pour la colonie française du Brandebourg, voir Ch. Weiss,Histoire des réfugiés protestants de France depuis la révocation de l'édit de Nantes jusqu'à nos jours, t. I, Paris, Charpentier, 1853, Livre deuxième: «Les réfugiés dans le Brandebourg», p. 123–248, notamment «Les réfugiés sous Frédéric II», p. 192 et suiv.Google Scholar
  8. 8.
    Les réfugiés perçurent d'importantes pensions qui contribuèrent à leur installation et favorisèrent leur démarrage, voir S. Jersch-Wenzel, «Ein importiertes Ersatzbürgertum? Die Bedeutung der Hugenotten für die Wirtschaft Brandenburg-Preußens», dansDie Hugenotten 1685–1985, p. 160–171. Jérémie Bitaubé fut tailleur pour dames, «Damenschneider», information, rarement reproduite, trouvée dans E. Muret,Geschichte der französischen Kolonie in Brandenburg-Preußen, Berlin, W. Bürenstein, 1885, p. 228 [p. 227–230 sur la communauté de Königsberg].Google Scholar
  9. 9.
    Cette idée fut clairement énoncée, dès 1809, par son ami et biographe M. Berr,Essai sur la vie et les ouvrages de Paul-Jérémie Bitaubé… lu dans la séance de l'Académie libre des sciences, lettres et arts de Nancy, Nancy, Vincenot, [1809], p. 17. Voir la fin de notre article.Google Scholar
  10. 10.
    «Notice historique sur la vie et les ouvrages de M. Bitaubé, lue à la séance publique du 7 juillet 1810»,Histoire et Mémoires de l'Institut royal de France. Classe d'histoire et de littérature ancienne, t. IV, Paris, Firmin Didot, 1818, p. 39.Google Scholar
  11. 11.
    C'est précisément la familiarité forte et déterminante avec le Livre qui invite à rapprocher le destin de l'Allemagne protestante et des juifs philologues dont certains exercèrent leur activité sur le sol français. Voir notamment, pour le XIXe siècle, le cas de Henri Weil dans l'article déjà cité, et aussiLes échanges universitaires franco-allemands du Moyen Âge au XXe siècleGoogle Scholar
  12. 12.
    Voir sur ce point notre livre,Humanités normaliennesGoogle Scholar
  13. 13.
    Sur le rôle évidemment central de Berlin à cette époque, voir P.-P. Sagave,Berlin und Frankreich 1685–1871, Berlin, Haude & Spener, 1980.Google Scholar
  14. 14.
    J. Wilke, «Rechtsstellung und Rechtsprechung der Hugenotten in Brandenburg-Preußen (1685–1809)», dansDie Hugenotten…, p. 112, écrit «In Berlin “regierten” ca. zwanzig Familien im Verlaufe des 18. Jahrhunderts die Geschicke der französischen Kolonie, und übten Kontrollfunktionen in höheren Koloniebehörden… aus. Diese zwanzig Familien, unter ihnen die Gaultiers, Ancillons, Feriets, le Coqs, Ermans und Humberts, stellten eine Oberschicht in dem bürgerlichen Refuge dar».Google Scholar
  15. 15.
    Sur l'histoire du Collège français de Berlin, voir Ch. Velder,300 Jahre Französisches Gymnasium Berlin, Berlin, Nicolai, 1989, pour Jean-Pierre Erman, p. 127–135; pour P.-J. Bitaubé, p. 121–126, «Paul Jérémie Bitaubé Schriftsteller und Übersetzer (1732–1808). Ein Deutscher wird zum Franzosen».Google Scholar
  16. 16.
    Ch. Velder,op. cit., p. 121.Google Scholar
  17. 17.
    Les réfugiés ne jouissaient pas en Prusse des droits du citoyen, ce qui limitait leur choix à l'exercice du commerce, de la médecine ou du ministère pastoral.Google Scholar
  18. 18.
    Les biographies ne fournissent aucune information sur le père de Bitaubé qui semble avoir repris la maison de commerce créée par le grand-père.Google Scholar
  19. 19.
    Ch. Velder,op. cit., p. 121. On trouve dans laNouvelle bibliothèque germanique, ou Histoire littéraire de l'Allemagne, de la Suisse, & des Pays du Nord, par M. S. Formey, t. XXIV, Amsterdam, J. Schreuder & P. Mortier le jeune, 1759, p. 458, sous l'article xiv consacré aux «Nouvelles littéraires» de Berlin, l'information suivante: «Le Librairede Bourdeaux a impriméLe Firmament de l'Église, ouSermon sur Daniel xii. 3.prononcé dans le Temple du Werder, le Dimanche 13 Mai au matin pour l'ordination de Mr. Bitaubé,par Mr. Formey, grandin octavo de 56 pages». Sur la communauté française de Buchholz, voir E. Muret,Geschichte der französischen Kolonie in Brandenburg-Preußen, p. 197–200.Google Scholar
  20. 20.
    «Notice historique…», p. 40.Google Scholar
  21. 21.
    Joseph, par Bitaubé; précédé d'une notice historique sur la vie et les œuvres de l'auteur; et d'une relation de sa captivité au Luxembourg, par Madame Bitaubé, nouv. édition, Paris, Deschamps, 1826.Google Scholar
  22. 22.
    Op. cit., Joseph, par Bitaubé; précédé d'une notice historique sur la vie et les œuvres de l'auteur; et d'une relation de sa captivité au Luxembourg, par Madame Bitaubé, nouv. édition, Paris, Deschamps, 1826, p. viij.Google Scholar
  23. 23.
    Morceaux choisis de Tacite, traduits en françois avec le latin à côté, Paris, Moutard, 1784; le tome I contient un essai particulièrement intéressant, sur le contenu duquel nous reviendrons plus loin, intitulé «Observations sur l'art de traduire en général, et sur cet essai de traduction en particulier», p. 3–41, écrit en 1758 (=Mélanges de littérature, d'histoire, et de philosophie, nouv. éd., t. III, Amsterdam, Z. Chatelain, 1770, p. 3–32).Google Scholar
  24. 24.
    D'Alembert entretint des rapports étroits, principalement épistolaires, avec les «despotes éclairés» de son siècle, mais refusa d'entrer à leur service. Il déclina ainsi la présidence de l'Académie de Berlin que lui offrit Frédéric. Sur d'Alembert et Frédéric II, voir, entre autres, R. Grimsley,Jean d'Alembert (1717–1783), Oxford, Clarendon Press, 1963; J. Bertrand,D'Alembert, Paris, Hachette, 1889, p. 189 et suiv.; G. J. Van Treese,D'Alembert and Frederick the Great: a study of their relationship, New York, Learned Publications, 1974.Google Scholar
  25. 25.
    D'Alembert remporta en effet en 1746 le concours de l'Académie de Berlin avec sesRéflexions sur la cause générale des vents. Il publia ensuite d'importantes contributions dans lesMémoires de l'Académie de Berlin.Google Scholar
  26. 26.
    Voir F. Hartweg, «Die Hugenotten in der Berliner Akademie,» dansHumanismus und Naturrecht in Berlin-Brandenburg-Preussen, hrsg. von Hans Thieme, Veröffentlichungen der Historischen Kommission zu Berlin, t. XLVIII, Berlin, W. de Gruyter, 1979, p. 182–205.Google Scholar
  27. 27.
    Le discours de réception qu'il prononça le 5 juin fut publié dans lesMémoires de l'Académie royale: «Discours de réception de Monsieur Bitaubé»,Mémoires de l'Académie royale des sciences et belles-lettres, année 1766, Berlin, Haude & Spener, 1768, p. 523–526. Le discours, dépouillé, dans cette version imprimée, de «ce qui étoit de pur compliment» (p. 523), porte sur l'utilité et la mission des sociétés savantes. En réponse au discours du nouveau membre, le secrétaire perpétuel S. Formey prononça un discours de bienvenue. La liste des travaux publiés par Bitaubé dans lesMémoires de l'Académie de Berlin est la suivante (d'aprèsVerzeichniss der Abhandlungen der Königlich Preussischen Akademie der Wissenschaften von 1710–1870 in alphabetischer Folge der Verfasser, Berlin, F. Dümmler, 1871, p. 28–29): 1. «Discours de réception», 1766, p. 523–526. 2. «De l'influence des belles-lettres sur la philosophie», 1767, p. 470–495. 3. «Mémoire sur cette question: Le peuple est-il juge compétent de l'éloquence?», 1768, p. 445–471. 4. «Essai sur cette question: Pourquoi la langue Italienne a-t-elle eu sur toutes les autres langues, & en particulier sur la langue Françoise, la prérogative d'arriver, presque dès sa naissance, à la perfection?», 1769, p. 427–436. 5. «Discours sur Molière», 1770, p. 345–360. 6. «Réflexions sur le merveilleux épique», 1771, p. 522–537. 7. «Mémoire sur une contrariété des loix de l'harmonie poétique», 1773, p. 437–447. 8-9-11. «Du goût national considéré dans son influence sur la traduction», 1775, pp. 453–468, 469–489, 1779, p. 454–477. 10. «Considérations sur Homère» 1777, p. 421–439. 12. «Sur la richesse de Sparte», 1781, p. 559–572. 13. «Suite des Réflexions sur Homère», 1782, p. 473–486. 14. «Sur la séparation de Calypso et d'Ulysse», 1782, p. 487–495. 15. «Sur la descente d'Ulysse aux Enfers, décrite dans l'Odyssée», 1782, p. 496–502. 16. «Analyse des principes d'Aristote sur le gouvernement…», 1787, p. 615–633.Google Scholar
  28. 28.
    M. Berr,Essai sur la vie…, p. 9.Google Scholar
  29. 29.
    The complete works of Voltaire. Correspondence and related documents, ed by Th. Besterman, t. CXXIX, Banbury, The Voltaire Foundation, 1976, lettre no20859 à d'Alembert (27/10/1777), p. 69–70.Google Scholar
  30. 30.
    Lettre (no20884) de Frédéric (9/11/1777),op. cit., t. CXXIX, p. 87–88. Sur les liens de Voltaire avec les huguenots de Berlin, voir B. E. Schwarzbach, “Voltaire et les Huguenots de Berlin: Formey et Isaac de Beausobre», dansVoltaire und Deutschland. Internationales Kolloquium der Universität Mannheim zum 200. Todestag Voltaires, hrsg. von P. Brockmeier, R. Desné, J. Voss, Stuttgart, J. B. Metzler, 1979, p. 103–118.Google Scholar
  31. 31.
    Lettre no20282 (7/9/1776), à Condorcet (The complete works …, t. CXXVII, 1975, p. 281): «Je reviens à Monsieur de Castillon et à Mr Bitaubé, mes deux consolateurs. Que je les remercie de m'avoir fait connaître Blaise!… Monsieur De Bitaubé qui m'honore de son amitié m'avait envoié le manuscrit; il était un peu plus ample, et il y a des différences. Je suis maintenant dans le grenier à bled. Monsieur Bitaubé en chasse les charençons et les rats, et fait de belles avenues de tous côtés pour qu'on arrive librement à son grenier. Je l'en félicite, et je l'en remercie. J'aime passionnément que les portes du temple de Cérès soient toujours ouvertes». Lettre no20872 (31/10/1777), de J.-F. Dufour à Condorcet,op. cit., The complete works …, t. CXXIX, p. 77: «Mon cher philosophe, Mr. Bitaubé qui partait avanthier pour Paris s'est chargé pour Monsieur d'Alembert et pour Vous de deux exemplaires duprix de la justice et de l'humanité, brochure dont vous reconnaitrez L'auteur et qui est une satire de notre jurisprudence criminelle».Google Scholar
  32. 32.
    Pour toutes ces précisions, voir Ch. Velder,300 Jahre …, p. 122.Google Scholar
  33. 33.
    Comme l'atteste la lettre adressée à Mérian le 9 mars 1784, détail donné par Ch. Velder, p. 125.Google Scholar
  34. 34.
    J. F. Ducis,Épîtres et poésies diverses, t. I, Paris, Nepveu, 1814, p. 113–122. L'épître est suivie (p. 123–124) de la «copie de la lettre écrite à M. Ducis, de l'académie française, par madame Bitaubé», où F. Bitaubé raconte comment, dans un moment de fatigue et d'insatisfaction, son époux s'apprêtait à jeter au feu la traduction d'Homère qu'elle put sauver des flammes; en voici un passage: «J'ai eu le bonheur de la sauver du feu. Mon époux, après en avoir fait quatorze chants, dans un moment de fatigue et de mécontentement de son travail, eut la barbarie de les déchirer; il allait les condamner au feu. Heureusement j'arrive à temps pour m'y opposer; je m'en saisis…».Google Scholar
  35. 35.
    Sur cette période, voir l'article de. J. Hermann, «P. J. Bitaubé. Ein Berliner Akademiker und Gefangener im Luxembourg 1793/94»,Zeitschrift für Preußische Geschichte und Landeskunde, 20, 1883, p. 402–418. L'auteur reproduit largement, en le traduisant, le récit de cet épisode rédigé par Madame Bitaubé (née Jordan).Google Scholar
  36. 36.
    Pour ce détail, voir A. de Beauchamp,Biographie moderne …, t. I, p. 246. M. Berr,Essai sur la vie …, p. 15, note (i), précise que la pension que Bitaubé touchait avant la Révolution de la part de l'ancien margrave d'Anspach, dont il avait été, avant son installation en France, conseiller résident à la cour de Berlin, fut suspendue en 1789 au moment de la guerre franco-prussienne.Google Scholar
  37. 37.
    Détail donné par Ch. Velder dans la plaquetteRespect, tolérance et coopération: 300 ans au «Collège francais» de Berlin, s. l. n. d., p. 27.Google Scholar
  38. 38.
    M. Berr,op. cit., Essai sur la vie …, p. 14; J. F. Ducis,Épîtres …, t. I, p. 121, «Ami, Jupiter t'aime. Eh! qui sait, quelque jour,/S'il ne daignera pas visiter ton séjour!/Qui, dira-t-il d'abord, en voyant ta compagne,/“C'est elle, c'est Baucis, Philémon l'accompagne…”».Google Scholar
  39. 39.
    Ce travail, que nous n'avons pas vu, est mentionné par Bitaubé dans l'«Avertissement» de sa traduction de 1764, voir plus bas. Nous n'avons pu avoir accès à toutes les éditions partielles etprinceps; nous donnons donc ici en règle générale nos références d'après les œuvres complètes.Google Scholar
  40. 40.
    L'Odyssée d'Homère, traduction nouvelle, précédée de Réflexions sur Homère, & suivie de Remarques, Paris, Lamy, 1785, 3 vol.Google Scholar
  41. 41.
    L'Iliade d'Homère, traduction nouvelle, précédée de Réflexions sur Homère, Paris, Prault, 1764, 2 vol. Cette traduction, nous dit Bitaubé, n'a plus grand rapport avec celle de 1760: «Je fis paroître, il y a quelques années, un Essai intituléTraduction libre de l'Iliade. Il y a une si grande différence entre cet Essai, & cetteTraduction nouvelle de l'Iliade, que je n'ai pas cru la devoir donner au Public comme une seconde Édition, mais plutôt comme un nouvel Ouvrage», («Avertissement», n. p.). Nous n'avons pas retrouvé, d'autre part, le périodique que mentionne Bitaubé dans l'«Avertissement» à sa traduction de l'Odyssée, t. I, 1785, p. 12, où il parle de la parution de quelques extraits de sa traduction de l'Iliade dans «les cahiers 3 & 4 duJournal littéraire et politique de l'Europe, & principalement de la Suisse». Il salue d'autre part, p. 13–14, «MM. de Leuchsenring & l'Abbé H… qui ont bien voulu être les Éditeurs, le premier, de [sa] traduction de l'Iliade, & le second, de celle de l'Odyssée». Le détail des éditions de l'Iliade et de l'Odyssée est le suivant: Didot 1787–1788; Dentu 1804, Ledoux et Tenré 1819, Lequien 1819, Tenré 1822, Delalain 1828, etc.Google Scholar
  42. 42.
    Pour ces noms dont certains ont déjà été cités, voir Ch. Velder,300 Jahre … Google Scholar
  43. 43.
    «Réflexion sur la traduction des poëtes. Seconde partie»,∄uvres complètes, t. IV, Paris, Dentu, 1804, p. 81–82, n. 2.Google Scholar
  44. 44.
    Pour les traductions en prose contemporaines, on trouve Ch. Fr. Lebrun (1776), L. G. R. Cordier de Launay de Valeri (1782) et Gin (1783–1784).Google Scholar
  45. 45.
    ≪Observations sur l'Odyssée≫,Œuvres complètes, t. IV, 1804, p. 35, n. 1.Google Scholar
  46. 46.
    Op. cit., ≪Observations sur l'Odyssée≫,Œuvres complètes, t. IV, 1804, p. 18.Google Scholar
  47. 47.
    ≪Réflexions sur la traduction des poëtes. Seconde partie≫,Œuvres complètes, t. IV, p. 59–60, n. 1.Google Scholar
  48. 48.
    Œuvres complètes, t. I, p. 111.Google Scholar
  49. 49.
    ≪Notice historique…≫, p. 42–43.Google Scholar
  50. 50.
    ≪Réflexions sur Homère≫Œuvres complètes, t. I, p. 33, n. 1.Google Scholar
  51. 51.
    ≪Réflexions sur la traduction des poëtes≫, t. I, p. 78.Google Scholar
  52. 52.
    Op. cit., ≪Réflexions sur la traduction des poëtes≫, t. I, p. 79.Google Scholar
  53. 53.
    ≪Zaharoff Lectures≫, Oxford, Clarendon Press, 1936, p. 19.Google Scholar
  54. 54.
    On trouve en annexe de cet article des extraits de la traduction de Bitaubé (p. 533–534).Google Scholar
  55. 55.
    Berr,Essai sur la vie…, p. 12–13, semble l'avoir vu peiner sur cette tâche: ≪À la fin de sa carrière, il s'occupait d'un travail qui ferait la gloire d'un littérateur qui oserait l'entreprendre de nouveau. Il traduisait Pindare, le prince de la poésie lyrique≫.Google Scholar
  56. 56.
    ≪Du goût national considéré dans son influence sur la traduction. Troisième mémoire≫,Nouveaux Mémoires de l'Académie royale des sciences et belles-lettres, année 1779, Berlin, G. J. Decker, 1781, p. 455.Google Scholar
  57. 57.
    ≪Réflexions sur Pindare, suivies de la traduction de sa première ode olympique≫, par le citoyen Bitaubé, lu le 18 ventose an 9 [1801],Mémoires de l'Institut national de sciences et arts. Littérature et beaux arts, t. IV, Paris, Baudoin, vendemiaire an XI, p. 409–437. Voir un extrait de cette traduction en annexe (p. 534–535).Google Scholar
  58. 58.
    Voir notre article, ≪Pindarica academica: les traductions de l'abbé Massieu et de L.-F. de Sozzi comme jalons dans la reconquête de Pindare au XVIIIe siècle≫,International Journal of the Classical Tradition, 1, 4, Spring 1995, p. 63–85.Google Scholar
  59. 59.
    ≪Réflexions sur Pindare…≫, p. 411.Google Scholar
  60. 60.
    Op. cit., ≪Réflexions sur Pindare…≫, p. 432.Google Scholar
  61. 61.
    Op. cit., ≪Réflexions sur Pindare …≫, pp. 410, 431–432. Sur Heyne, il écrit, p. 431, ≪Un grand littérateur, M. Heyne, dont les travaux, ainsi que ceux de M. Schneider, ont contribué beaucoup à l'intelligence de Pindare, juge qu'aucune de nos langues modernes ne peut donner par la traduction une idée assez juste des beautés de ce poète, et qu'en particulier la langue française s'y refuse absolument≫.Google Scholar
  62. 62.
    ≪Réflexions sur Pindare…≫, p. 432, ≪Un savant distingué, M. Gedike, a publié une traduction allemande, en prose, des odes olympiques et des odes pythiques de Pindare. Elle a obtenu un grand succès […] Je reconnois devoir à M. Gedike, autant que le permettoit la différence du génie des langues, un petit nombre de tours qui m'ont paru rendre heureusement ceux de l'original≫. Voir en annexe (pp. 534–535) la traduction du début de l'Ol. 1 par Bitaubé. Voici une partie de celle de Gedike,Pindars Olympische Siegshymnen, verdeutscht von Friedrich Gedike, Berlin-Leipzig, G. J. Decker, 1777, p. 2, ≪Unter den Elementen gebüret dem Wasser der Preis, und gleich der lodernden Flamm' in der Nacht schimmert das Gold aus dem stolzen Reichtum hervor. Aber willst du, mein Geist, Siege besingen, o so suche dir kein mildererwärmend Gestirn, als der Sonne Tagesglanz, wenn sie die Aetherwüste durchstralt—noch glorreichere Kämpfe, als die Kämpfe Olympia's…≫. Il faut signaler aussi l'édition partielle, par Gedike, des épinicies, sans traduction mais avec un commentaire important:Pindari Carmina selecta. Olymp. I. II. IV. V. IX. XI. XII. XIV. Pyth. I. VI. VII. IX. XI. Nem. I. XI. Isthm. III. VII cum scholiis selectis suisque notis, Berlin, I. F. Unger, 1786. L'ouvrage est dédié au marquis de Lucchesini.Google Scholar
  63. 63.
    Il réalisa cette traduction, alors que, comme il l'affirme lui-même dans la préface,Œuvres complètes, t. IX, Paris, Dentu, 1804, p. v., ≪après avoir terminé l'entreprise longue et difficile d'une traduction d'Homère, [il] avai[t] pris la résolution de ne plus [se] livrer à ce genre de travaux≫.Google Scholar
  64. 64.
    ≪Notice historique…≫, p. 50. Cette critique n'échappa pas aux Allemands, ainsi J. S. Ersch & J. G. Gruber,Allgemeine Encyclopädie der Wissenschaften und Künste, 9. Theil, Leipzig, J. F. Gleditsch, 1822, p. 272, ≪[la traduction deHerman et Dorothée] zog ihm den Tadel der französischen Kunstrichter zu, in deren Augen ein bürgerliches Epos keine Gnade fand≫. Voir aussi A. Sayous,Le dix-huitième siècle à l'étranger. Histoire de la littérature française en Angleterre, en Suisse, en Prusse, en Hollande et en Belgique, t. II, Paris, Didier, 1871, p. 336, n. 2, ≪Il aurait fallu, pour faire comprendre en France le charme de l'idylle de Goethe, des qualités qui manquaient au traducteur, une grande souplesse de style surtout. La France ne comprit pas, et on se moqua de Bitaubé qui avait parlé d'Homère à propos de Goethe≫.Google Scholar
  65. 65.
    Travaux mentionnés dans leRapport historique sur les progrès de l'histoire et de la littérature ancienne depuis 1789, et sur leur état actuel, présenté à Sa Majesté l'Empereur et Roi, en son Conseil d'état, le 20 février 1808, par la Classe d'histoire et de littérature ancienne de l'Institut; rédigé par M. Dacier, Secrétaire perpétuel de la Classe, Paris, Imprimerie impériale, 1810, p. 30 (=Rapports à l'Empereur sur le progrès des sciences, des lettres et des arts depuis 1789. IV. Histoire et littérature ancienne par Bon-Joseph Dacier, présentation et notes sous la direction de F. Hartog, Paris, Belin, 1989, p. 45): ≪Les Mémoires de M. Bitaubé sur Pindare et sur quelques ouvrages d'Aristote et de Platon, qui sont insérés dans la collection des Mémoires de l'Institut, sont également dignes d'attention≫. Voir également leCompte rendu et présenté au corps législatif, le 2e jour complémentaire de l'an VI, par l'Institut national des sciences et arts…, Paris, Baudoin, an VII, p. 98, dans le compte rendu de la classe des sciences morales et politiques, où il est question d'un mémoire surLa Politique d'Aristote; dans les travaux de la classe de littérature et des beaux-arts, p. 127–128, de dissertations surSocrate à l'école d'un théologien et sur l'Euthyphron; pp. 157–158 et 170 sur Aristote etDes jugemens de quelques philosophes de l'antiquité sur les républiques anciennes.Google Scholar
  66. 66.
    Mémoires de l'Académie royale, année 1767, Berlin, Haude & Spener, 1769, p. 470–495.Google Scholar
  67. 67.
    Dacier, ≪Notice historique …≫, p. 46, est sensible à cette cohérence: ≪Partisan de l'opinion que les poètes doivent être traduits en prose, et persuadé que le merveilleux d'invention et les fictions épiques peuvent se soutenir sans le merveilleux du style et sans l'illusion de la parure poétique, dont la moindre prérogative est de les soustraire au tribunal de la froide raison, M. Bitaubé ne pouvoit manquer d'être aussi partisan des poèmes en prose≫.Google Scholar
  68. 68.
    Guillaume de Nassau, ou la fondation des Provinces-Unies, nouv. éd., Paris, Prault, 1775, p. xiv. La première édition date de 1773 (Amsterdam, M. Magérus). Nous n'avons pu avoir accès qu'à la seconde édition, celle de 1775.Google Scholar
  69. 69.
    Joseph, en neuf chants, Paris, Le Clerc, 1767, 2e édition 1772 à Neufchatel, 3e éd. 1773, 4e édition augmentée Paris 1786, 5e éd. 1787, 6e. 1793, 7e éd. 1798.Google Scholar
  70. 70.
    Biographie universelle ancienne et moderne, t. IV, Paris, A. Thoisnier Desplaces, 1843, p. 377.Google Scholar
  71. 71.
    T. VI, Paris, Firmin Didot frères, 1853, col. 146. On lui reproche cependant ses impropriétés stylistiques: Michaud,op. cit.,Biographie universelle ancienne et moderne, t, IV, 1848, p. 377, «Quant au style, quoique plus libre dans une composition presque originale, il fourmille de défauts, et trahit un auteur qui n'a point entendu parler, dès le berceau, la langue que sa plume rebelle essaye de manier».Google Scholar
  72. 72.
    Cette traduction, anonyme et parue à Berlin en 1768, est signalée par J. S. Ersch & J. G. Gruber,Allgemeine Encyclopädie der Wissenschaften und Künste in alphabetischer Folge von genannten Schriftstellern, p. 272, note**. Une seconde traduction allemande parut en 1800 à Leipzig, sous la plume de K. H. Heydenreich; on en trouve un compte rendu dansAllgemeine Literatur-Zeitung vom Jahre 1801, t. I, Iena, Leipzig, 1801, Num. 30, Dienstag, den 27. Januar 1801, coll. 233–236.Google Scholar
  73. 73.
    Information trouvée dans la notice de J. S. Ersch & J. G. Gruber,Allgemeine Encyclopädie der Wissenschaften und Künste … Une recherche rapide dans les œuvres de Sabbathier disponibles à la Bibliothèque Nationale ne nous a pas permis de retrouver précisément le texte en question.Google Scholar
  74. 74.
    Voir notre article, «Pindarica academica: les traductions de l'abbé Massieu et de L.-F. de Sozzi comme jalons dans la reconquête de Pindare au XVIIIe siècle» (ci-dessus, n. 58).Google Scholar
  75. 75.
    Rapport historique sur les progrès de l'histoire et de la littérature ancienne depuis 1789 …, p. 24 (=Rapports à l'Empereur sur le progrès des sciences, des lettres et des arts depuis 1789 …, de F. Hartog, p. 41).Google Scholar
  76. 76.
    Voir, par exemple, notre article «Pindare dans l'œuvre et la pensée de Wilhelm von Humboldt»,Studies on Voltaire and the Eighteenth Century 329, 1995, p. 249–270.Google Scholar
  77. 77.
    Pindars Olympische Siegshymnen, verdeutscht von Friedrich Gedike …, 1777, fol. b 4 recto et verso: «Ein hiesiger französischer Gelehrter, der selbst einen Dichter des Alterthums übersetzt hat —Doch warum sollt' ich den braven unpartheiischen Mann nicht nennen,—Herr Bitaube also, der—eine Seltenheit !—fast mit ebendem Eifer und Vergnügen die Litteratur Deutschlands als die seiner Nation studiert, gestand neulich einem deutschen Gelehrten, als er die Probe von Bürgers und Stollbergs Homer gelesen hatte, er beneide den Deutschen ihre dichterische Sprache, da die französische bei aller Anstrengung soweit hinter ihr zurückbleibe. Sehr, wahr ! und nun gar die französische und die griechische Sprache—welch ein himmelweiter Abstand !». Cette citation est intéressante à plus d'un titre. On soulignera notamment le fait que la double appartenance de Bitaubé y est exploitée comme une garantie d'objectivité («den braven unpartheiischen Mann»).Google Scholar
  78. 78.
    Nous nous fions ici au témoignage de J. Hermann, «P. J. Bitaubé. Ein Berliner Akademiker und Gefangener im Luxembourg 1793/94»,Zeitschrift für Preußische Geschichte und Landeskunde, 20, 1883, p. 403, n. 1; nous n'avons pas vu nous-même ces lettres conservées aux Archives de Berlin.Google Scholar
  79. 79.
    Sur la pratique et la sauvegarde du français dans les colonies protestantes françaises de Prusse, voir F. Brunot,Histoire de la langue française des origines à 1900, t. VIII:Le français hors de France au XVIIIe siècle, première partie:Le français dans les divers pays d'Europe, Paris, A. Colin, 1934, notamment livre xii: «Le français en Allemagne» p. 531 et suiv., pour la troisième génération, p. 534; F. Hartweg, “Die Hugenotten in Deutschland. Eine Minderheit zwischen zwei Kulturen», dansDie Hugenotten 1685–1985 … p. 172–185. De Prémontval (André-Pierre Le Guay) exprima notamment ses inquiétudes de voir le français se dissoudre dans la langue ambiante. Il publia à cet effet une brochure périodique, dont la naissance est annoncée dans laNouvelle bibliothèque germanique, ou Histoire littéraire de l'Allemagne, de la Suisse, & des Pays du Nord, par S. Formey, t. XXIV, Amsterdam, Jean Schreuder, & Pierre Mortier le Jeune, 1759, p. 234, sous le titre «Préservatif contre la corruption de la Langue Françoise, en France, & dans les Païs où elle est le plus en usage, tels que l'Allemagne, la Suisse, & la Hollande». D'après le catalogue de laLibrary of Congress, ne furent publiés que deux volumes à Berlin, en 1759 et 1762 précisément; Brunot,op. cit. Histoire de la langue française des origines à 1900, t. VIII:Le français hors de France au XVIIIe siècle, première partie:Le français dans les divers pays d'Europe, Paris, A. Colin, 1934, p. 541–542, fournit quelques précisions sur ce livre auquel il a eu accès.Google Scholar
  80. 80.
    «Notice historique …», p. 40. Voir aussi G. J. Van Treese,D'Alembert and Frederick the Great, p. 44 n. 43.Google Scholar
  81. 81.
    Dacier,op. cit. «Notice historique …» p. 40, parle d'ailleurs d'un procédé original de naturalisation: «En entrant dans cette nouvelle carrière, il avoit pour perspective son ancienne patrie: redevenir François étoit son ambition la plus chère … il sentoit que le meilleur moyen de se naturaliser dans un pays où il n'avoit plus de parens, et où il n'avoit pas encore d'amis, étoit de se faire adopter par la grande famille des gens de lettres, en produisant quelque ouvrage qui pût lui mériter cette adoption».Google Scholar
  82. 82.
    M. Yardeni, «Le Refuge allemand et la France: histoire d'une aliénation», dansDie Hugenotten und das Refuge, 1990, p. 199, observe également ce fait: «On peut donc aisément distinguer chez les intellectuels et les savants français réfugiés en Allemagne dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, le pressentiment très clair de la fin de l'hégémonie française, d'abord culturelle, mais aussi politique».Google Scholar
  83. 83.
    ≪Essai sur cette question: Pourquoi la langue Italienne a-t-elle eu sur toutes les autres langues, & en particulier sur la langue Françoise, la prérogative d'arriver, presque dès sa naissance, à la perfection?≫,Mémoires de l'Académie royale des sciences et belles-lettres, année 1769, Berlin, Haude & Spener, 1771, p. 84–436, lu le 30 novembre 1769,p. 433–435.Google Scholar
  84. 84.
    ≪Discours sur Molière≫,Nouveaux Mémoires de l'Académie royale, année 1770, Berlin, Ch. F. Voss, 1772,p. 345–360.Google Scholar
  85. 85.
    Ceuvres complès, t.I, p. 55–79, t. IV, p. 39–82.Google Scholar
  86. 86.
    Il s'agit de trois mémoires dont les références précises sont les suivantes: Premier mémoire, année 1775, Berlin, Ch. f. Voss, 1777, p. 453–468; Second mémoire,idem, Il s'agit de trois mémoires dont les références précises sont les suivantes: Premier mémoire, année 1775, Berlin, Ch. F. Voss, 1777, p. 469–489; Troisième mèmoire, année 1779, Berlin, G. J. Decker, 1781, p. 454–477.Google Scholar
  87. 87.
    Herman et Dorothée, en IX chants; Poëme allemand de Goethe, traduit par Bitaubé, Membre de l'Institut national de France, et de l'Académie royale des sciences et belles-lettres de Prusse Paris et Strasbourg, Treuttel et, Wurtz, imprimerie Didot le jeune, an IX-1800, p. xiij.Google Scholar
  88. 88.
    Op. cit., Herman et Dorothée, en IX chants; Poëme allemand de Goethe, traduit par Bitaubé, Membre de l'Institut national de France, et de l'Académie royale des sciences et belles-lettres de Prusse, Paris et Strasbourg. Treuttel et Wurtz, imprimerie Didot, le jeune, an IX-1800, p. xiij. p. 20, «[parmi les arts]… il en est que nous ne considérons pas assez, & le métier de Traducteur est de ce nombre».Google Scholar
  89. 89.
    Op. cit. Herman et Dorothée, en IX chants; Poëme allemand de Goethe, traduit par Bitaubé, Membre de l'Institut national de France, et de l'Académie royale des sciences et belles-lettres de Prusse, Paris et Strasbourg. Treuttel et Wurtz, imprimerie Didot le jeune, an IX-1800, p. 27, «les traduire par morceaux, ce n'est pas les mutiler, c'est les peindre de profil & à leur avantage».Google Scholar
  90. 90.
    Selon l'expression de Dacier, «Notice historique…», p. 45. Nous n'avons pas eu accès à cetEssai d'une nouvelle traduction d'Homère, Berlin, 1760. Voir plus haut.Google Scholar
  91. 91.
    «Second mémoire», p. 469, «Quoique je m'occupe à traduire un des plus grands poëtes de l'antiquité, je ne fais pas profession d'être traducteur».Google Scholar
  92. 92.
    «Second mémoire», p. 489. «une traduction est en beaucoup d'endroits comme une seconde création».Google Scholar
  93. 93.
    «Second mémoire», p. 477. «Traduire devroit être une opération très philosophique; c'est un effort, une tendance de ramener deux langues à un principe commun, de les raprocher de leur origine, de leurs racines». Les développments des premier et second mémoires portent en effet pricipalement sur le génie des langues en relation avec la variété des climats et des goûts.Google Scholar
  94. 94.
    «Troisième mémoire», p. 461.Google Scholar
  95. 95.
    Œuvres complètes, t. IV, p. 5.Google Scholar
  96. 96.
    Œuvres complètes, t. V, «Réflexions sur la traduction des poëtes. Seconde partie», p. 74. Sur le même sujet et la nécessité d'étudier les anciens «dans les originaux», voir aussi «De l'étude des anciens», lu à l'Institute le 13 pluviose an 4,Œuvres complètes, t. IX, Paris, Dentu, 1804, p. 121‐162. Dacier, «Notice historique…», p. 41, ne désavoue pas Bitaubé sur cette question: «Parmi ces travaux, M. Bitaubé choisit celui de la traduction, qui étoit d'autant plus recommandable à l'époque où il s'y livra, c'est-à-dire, vers le milieu du XVIIIe. siècle, que la littérature Françoise comptoit alors peu de traductions dignes de ce nom».Google Scholar
  97. 97.
    «Notice historique…», p. 43–44.Google Scholar
  98. 98.
    Œuvres complètes, t. IV., p. 80.Google Scholar
  99. 99.
    En 1771, Bitaubé et Ch. L. de Beausobre se prononcèrent en faveur de l'élection de M. Mendelssohn à l'Académie de Berlin. Mais le philosophe, comme on le sait, ne bénéficia pas d'un nombre de voix suffisant pour entrer dans cette institution. Bitaubé fut proche des milieux juifs. Au nombre de ses amis, M. Berr cite également le philosémite Lessing (Essai sur la vie …, p. 13).Google Scholar
  100. 100.
    Comme l'atteste une lettre à É. Chiron de 1764, voir, E. Arnaud, «Court de Gébelin. Ses tribulations comme agent général des églises réformées d'après da correspondance inédite des deux Chiron»,Société du protestantisme français. Bulletin historique et littéraire, 32, 1883, p. 273, lettre du 9 avril 1764; «Je suis très lié aussi avec M. Bitaubé, ministre de Berlin, dont vous avez souvent entendu parler. Nous sommes logès dans le même hôtel».Google Scholar
  101. 101.
    Lettre du 20 août 1766, publiée dansSociété du protestantisme français. Bulletin historique et littéraire, 46, 1897, p. 548.Google Scholar
  102. 102.
    The complete works t. LXXXVIII, Genève, Institut et Musée Voltaire; Toronto, University Press, 1969, Lettre no1350 (6/7/1737, Frédéric à Voltaire), p. 343–344: «Je vous envoie par cet ordinaire l'Histoire de la vierge de Czenstochow, par m. de Beausobre; j'espère que vous serez content du tour et du style de cette pièce. Autant que je m'y connais, je n'y connais, je n'y ai point remarqué de fautes contre la pureté de la langue. Il est vrai que la plupart des réfugiés la négligent beaucoup»; t. LXXXIX, lettre no1484 (vers le 25/4/1738, Voltaire à Frédéric), p. 93: «Je n'y trouve à reprendre que quelques expressions qui ne sont pas tout à fait dans notre exactitude française… Cette phrase n'est en usage que parmy quelques ministres réfugiez qui ont tous un peu corrompu la pureté de la langue française». Sur ce style, voir F. Brunot,Histoire de la langue française…, t. VIII, livre xii, p. 539 et suiv.Google Scholar
  103. 103.
    Ch. Dezobry et Th. Bachelet,Dictionnaire général de biographie et d'histoire…, t. I., Paris, Ch. Delagrave, 1883, p. 305.Google Scholar
  104. 104.
    Michaud,Biographie universelle ancienne et moderne, t, IV, 1843, p. 377; nous citons un long extrait dont la dureté du ton peut surprendre: «Fidèle au sens, on voit qu'il s'est appliqué à conserver la marche et les formes de la phrase grecque. Il imite assez bien l'abondance et la rondeur de l'original. Sa traduction a un air antique, et ne manque pas d'un certain charme de bonhomie et de naïveté; mais l'audace, la majesté l'éloquence variée d'Homère la richesse de ses couleurs, le mouvement rapide de son style, la hardiesse et l'impétuosité du langage qu'il prête aus passions, toutes les hautes qualités du premier des poëtes, on les cherche en vain dans son traducteur… L'oreille de Bitaubé n'était pas une oreille délicate et poétique, outre ce défaut si grave, le mot propre ne vient presque jamais sous, sa plume; il est dénué d'élégance et de flexibilité, et ne connaît ni les nuances, ni les finesses de l'art d'écrire. Tantôt il coupe les phrases d'Homère, il en supprime les liaisons, même lorsqu'elles ajoutent à la force du sens, à la conséquence des raisonnements, ou au charme de la pensée; tantôt il s'embarransse dans des périodes sans fin, dont il ne sait ni ordonner les différents membres, ni disposer la chute d'une manière heureuse. Malgré tous ces reproches Bitaubé a mieux réussi à traduire l'Iliade que l'Odyssée. Dans le premier de ces, ouvrages, la force et la rapidité d'Homère soutiennent et entraîtnent nécessairement son interprète; dans le second, les peintures de mœurs, les scènes domestiques dont il abonde, étaient autant de pièges tendus à un Allemand qui écrivait en français, et qui avait à lutter à la fois et contre nos dédains pour les détails trop simples, et contre les habitudes germaniques, l'emphase et la trivialité réunies».Google Scholar
  105. 105.
    Paris, E. Thorin, 1892, p. 47–48.Google Scholar
  106. 106.
    W. von Humboldt,Briefe an Friedrich August Wolf, hrsg. von Ph. Mattson, Berlin, New York, W. de Gruyter, 1990, lettre 69 (Paris, vers la mi-mars 1798), p. 194, 1. 39: «Bitaubé kenne ich genau doch rechne ich ihn ebensowenig, als Camus und andre, die nichts als Uebersetzer sind». Bitaubé, pour sa part, pouvait difficilement ne pas admirer le grand érudit. Il mentionne notamment son nom dams les pages préliminaires de sa traduction deHerman, et Dorothée, dèjà citée, p. xviij, «Note»: «Le savant Humboldt… a fait imprimer un examen détaillé du poème d'Herman et Dorothée» (sc.Wilhelm von Humboldts ästhetische Versuche: erster Theil: über Göthes Hermann und Dorothea Braunschweig, F. Vieweg, 1799).Google Scholar
  107. 107.
    Ch. Velder, 300Jahre… p. 125–126, souligne l'importance du rôle joué par Bitaubé dans le cadre du Collège français de Berlin: «Bitaubé war der erste unter den Gelehrten im Umkreis des Französischen Gymnasiums, der seine, Rolle als die eines Vermittlers zwischen Frankreich und Deutschland auffaßte. So sehen wir Bitaubé auf dem “deutschen” Kupferstich von Hubert Lefevre im preußischen Rock und auf dem “französischen” Stich von Auguste de Saint Aubin in der Tracht der Pariser Bürgertums des revolutionären Jahrzehnts… Bitaubés Leben ist ein Beispiel einer neuen Einstellung zu Frankreich, eines, partnerschaftlichen Verhältnisses im Geben und Nehmen».Google Scholar
  108. 108.
    Essai sur la vie…, p. 17.Google Scholar
  109. 109.
    Michaud,Biographie universelle…, t. IV, p. 377.Google Scholar
  110. 110.
    À savoir la seconde édition.Google Scholar

Copyright information

© Transaction Publishers 1996

Authors and Affiliations

  • Pascale Hummel
    • 1
  1. 1.ParisFrance

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