, Volume 105, Issue 5, pp 370-376
Date: 10 Oct 2012

Relation entre l’anémie et le paludisme dans deux groupes ethniques vivant en sympatrie au Mali

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Résumé

Des études effectuées au Burkina Faso et au Mali ont montré une différence de susceptibilité au paludisme entre les Peulhs et les autres groupes ethniques sympatriques, Dogons et Mossis. Nous avons mené une étude longitudinale avec des passages transversaux de 2003 à 2005, visant à évaluer la relation entre anémie et paludisme dans la susceptibilité entre Dogons et Peulhs, deux groupes ethniques sympatriques dans le Sahel malien. La répartition par sexe était comparable dans les deux groupes ethniques (p = ns). Les Peulhs sont en majorité éleveurs et les Dogons cultivateurs. Ils étaient exposés au même taux d’inoculation entomologique et vivent dans des conditions socio-économiques similaires. Les passages transversaux ont été effectués durant la saison de transmission (septembre 2003 et 2005) et la saison sèche (mars 2004). Pour le suivi de cohorte, effectué d’août à décembre 2005, nous avons utilisé le protocole de suivi clinique de l’OMS de 28 jours, après une dose curative d’antipaludiques chez les enfants souffrant de paludisme maladie. Au cours des passages transversaux, les Peulhs présentaient un taux d’hémoglobine significativement plus bas que les Dogons : en 2005 le taux d’hémoglobine moyen était de 9,4 g/dl chez les femmes peulhs contre 10,7 g/dl chez les femmes dogons (p = 0,0002). Les données de l’étude longitudinale ont montré que les enfants de 0–14 ans peulhs avaient des taux d’hémoglobine moyens significativement plus bas que les enfants dogons. À j0, le taux moyen d’hémoglobine était de 9,6 g/dl chez les Dogons contre 8,7 g/dl chez les Peulhs (p = 0,01). Cette différence était statistiquement significative à j28 après le traitement antipaludique avec un taux d’hémoglobine de 10,6 g/dl chez les Dogons vs 9,3 g/dl chez les Peulhs (p < 0,001). Nous avons trouvé que l’anémie était significativement associée à la splénomégalie chez les Peulhs (53,2 % d’anémie vs 10,2 % d’indice splénique) [p = 0,004], et les Dogons (32,9 % d’anémie vs 1,1 % d’indice splénique) [p = 0,005]. Cette différence entre Dogons et Peulhs, quant à la fréquence de l’anémie, mérite une étude des facteurs déterminants dans ces ethnies sympatriques. Les Peulhs dans cette région du Mali souffrent plus d’anémie que les Dogons, malgré leur moindre susceptibilité au paludisme.

Abstract

Studies performed in Burkina Faso and Mali showed differences in susceptibility to malaria between the Fulani and other sympatric ethnic groups, the Mossi and Dogon. We carried out a longitudinal survey and three cross-sectional studies from 2003 to 2005 in order to assess the prevalence of anemia in Dogon and Fulani. The distribution of the study population by sex was comparable between the two ethnic groups (p = ns). The Fulani are mainly cattle breeders and the Dogons, farmers. They were exposed to similar entomological inoculation rates, and studies on “knowledge, attitude, and practices” showed no difference between the two ethnic groups. The cross-sectional studies were performed during the intense malaria transmission season (in September 2003 and 2005) and during the dry season (in March 2004). Longitudinal clinical follow-up studies were performed from August to December 2005 using the WHO 28 days in vivo test, after administration of a curative dose of antimalarial drugs to patients with mild malaria. During the cross-sectional studies, both Fulani men and women had significantly lower hemoglobin levels than their Dogon counterparts; this difference was most evident in the women (in 2005: 9.4 g/dl in Fulani vs 10.7 g/dl in Dogon, p = 0.0002). Clinical longitudinal follow-up data showed that Fulani children aged 10–14 years have lower hemoglobin levels than Dogon children. At day 0, the mean of hemoglobin level was 9.6 g/dl in Dogon children vs. 8.7 g/dl in Fulani children (p = 0.01). At day 28, after malaria treatment, we also observed a significant difference in hemoglobin levels in children (10.6 g/dl in Dogon vs 9.3 g/dl in Fulani, p < 0.001). A stronger association between anemia and spleen enlargement was found in the Fulani (53.2% with spleen enlargement) than in the Dogon (32.9%) [p = 0.005]. The Fulani suffer more from anemia than the Dogon, despite their lower susceptibility to malaria. The difference in anemia between Dogon and Fulani must be further investigated to determine possible factors involved in malaria susceptibility.